{"id":2428,"date":"2022-12-13T16:50:40","date_gmt":"2022-12-13T15:50:40","guid":{"rendered":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/?p=2428"},"modified":"2022-12-13T16:50:40","modified_gmt":"2022-12-13T15:50:40","slug":"journalisme-constructif-nous-entendons-combattre-la-banalisation-et-la-degradation-du-metier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/journalisme-constructif-nous-entendons-combattre-la-banalisation-et-la-degradation-du-metier\/","title":{"rendered":"Journalisme constructif : \u00ab\u00a0Nous entendons combattre la banalisation et la d\u00e9gradation du m\u00e9tier \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Le journalisme constructif ou de solution met l\u2019information en perspective tout en incluant des pistes de solutions. Cette d\u00e9marche qui vise \u00e0 voir le monde dans ses nuances et sa complexit\u00e9 ne se limite pas aux dysfonctionnements mis en lumi\u00e8re mais fait \u00e9cho aussi aux propositions constructives.<\/p>\n<p>Selon le Danois Ulrike Haagerup, fondateur du <a href=\"https:\/\/constructiveinstitute.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Constructive Institute<\/a>, <em>\u00ab Le journalisme constructif est un correctif \u00e0 la culture dominante des m\u00e9dias, qui s\u2019int\u00e9resse surtout aux informations indiquant combien les choses vont mal, des informations qui g\u00e9n\u00e8rent des clics, qui font gagner des prix et la reconnaissance d\u2019autres journalistes. \u00bb \u00ab Les gens ne veulent plus suivre les informations. Ils ont l\u2019impression que le monde s&#8217;effondre, qu&#8217;ils devraient lire quelque chose de plus r\u00e9confortant sur les r\u00e9seaux sociaux. \u00bb<\/em>\u00a0Une situation qu\u2019il estime \u00eatre \u00ab\u00a0<em>une trag\u00e9die pour la d\u00e9mocratie.<\/em> \u00bb<\/p>\n<h2>Restaurer la confiance<\/h2>\n<p>Pour Ulrike Haagerup, les journalistes ne peuvent pas changer les institutions, mais ils peuvent se changer eux-m\u00eames. Il est temps pour eux d&#8217;\u00e9couter un peu plus les gens et de restaurer leur confiance, \u00ab <em>par exemple en montrant enfin comment les probl\u00e8mes que nous avions l\u2019habitude de couvrir peuvent \u00eatre r\u00e9solus<\/em>\u00a0\u00bb, propose-t\u2019il. \u00ab\u00a0<em>Nous entendons combattre la banalisation et la d\u00e9gradation du journalisme, en mettant l&#8217;accent sur des reportages plus exacts, \u00e9quilibr\u00e9s et ax\u00e9s sur les solutions. <\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Les enjeux pour le journalisme constructif en Europe ont \u00e9t\u00e9 sujets \u00e0 d\u00e9bat lors de la premi\u00e8re \u00e9dition des <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/AssisesJournalisme\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Assises europ\u00e9ennes du journalisme<\/a> qui se sont tenues \u00e0 Bruxelles du 23 au 25 novembre 2022. Trois journalistes europ\u00e9ens qui promeuvent le journalisme constructif ont men\u00e9 les d\u00e9bats. Orla Borg du Danemark, directeur des <a href=\"https:\/\/constructiveinstitute.org\/apply-now\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Fellowships<\/a> du <em>Constructive Institute<\/em>, le Hongrois Balint Ablonczy, journaliste politique, co-fondateur de <a href=\"https:\/\/www.valaszonline.hu\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>V\u00e1lasz Online<\/em><\/a> et l\u2019Italien <a href=\"https:\/\/be.linkedin.com\/in\/lorenzodistasi\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Lorenzo Di Stasi<\/a>, journaliste et membre du R\u00e9seau italien pour le journalisme constructif.<\/p>\n<p>Selon Balint Ablonczy, au journal en ligne <em>V\u00e1lasz Online<\/em>, ils essaient de se d\u00e9tacher de la folle course au <em>breaking news<\/em> qui domine dans les m\u00e9dias, de se d\u00e9tacher de la <em>story telling<\/em> d\u2019un gouvernement hongrois centralisateur et dominant. Ils font des enqu\u00eates profondes, des analyses, des d\u00e9bats tout en publiant des articles qui proposent des solutions aux probl\u00e8mes soulev\u00e9s dans les reportages. \u00ab\u00a0<em>Il y a deux jours par exemple, j\u2019ai publi\u00e9 un long article sur le couple franco-allemand en parlant des probl\u00e8mes au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne. J\u2019ai \u00e9vit\u00e9 de dire qui incarne le bien et qui incarne le mal. J\u2019ai plut\u00f4t expliqu\u00e9 et fait une analyse avec des exemples historiques, \u00e9conomiques, etc, pour faire comprendre au lecteur les enjeux de ce probl\u00e8me.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Le journaliste hongrois constate que le journalisme constructif est en train de prendre ses marques au sein de la population de son pays : \u00ab <em>Nous essayons d\u2019\u00eatre dans la nuance et l\u2019on s\u2019est vite aper\u00e7u qu\u2019il y a une certaine couche de la population qui en a assez de cette course folle aux breaking news et du &#8220;tribalisme politique&#8221; qui est tr\u00e8s pr\u00e9sent dans le paysage m\u00e9diatique hongrois.<\/em> \u00bb Jusqu\u2019\u00e0 tout r\u00e9cemment, selon lui, le public hongrois n\u2019\u00e9tait pas au courant de l\u2019existence du journalisme constructif. \u00ab <em>Une communaut\u00e9 s\u2019est construite au nom du journalisme constructif. Et cela peut \u00eatre une sortie de secours pour ce public qui veut r\u00e9fl\u00e9chir, qui veut des informations et une analyse de qualit\u00e9.<\/em> \u00bb<\/p>\n<h2><strong>R\u00e9concilier le public et les m\u00e9dias<\/strong><\/h2>\n<p>L\u2019Italien Lorenzo Di Stasi rappelle les conclusions d\u2019<a href=\"https:\/\/reutersinstitute.politics.ox.ac.uk\/digital-news-report\/2022\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">une \u00e9tude du <em>Reuters Institute for the Study of Journalism<\/em><\/a> qui d\u00e9montre le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat de la population vis-\u00e0-vis de l\u2019information. Selon cette \u00e9tude, un nombre croissant de personnes \u00e9vitent de s\u2019informer sur des sujets tels que la pand\u00e9mie de Coronavirus, l\u2019invasion russe de l\u2019Ukraine ou la crise du co\u00fbt de la vie. Il affirme que la confiance dans les m\u00e9dias est en baisse \u00e0 travers le monde. Cette enqu\u00eate, a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e en ligne en 2022 par le <em>Reuters Institute<\/em> aupr\u00e8s de 93.432 personnes et couvrait 46 march\u00e9s. Dans <a href=\"https:\/\/reutersinstitute.politics.ox.ac.uk\/digital-news-report\/2021\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">les pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e9tudes du <em>Reuters Institute<\/em><\/a>, il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 que les raisons de ce d\u00e9sint\u00e9ressement invoqu\u00e9es par le public interrog\u00e9 sont l\u2019impact n\u00e9gatif sur leur humeur, le sentiment d\u2019impuissance et le manque de confiance en l\u2019information v\u00e9hicul\u00e9e par les m\u00e9dias.<\/p>\n<p>Selon le Danois Orla Borg, ce manque de confiance de la population est d\u00fb \u00e0 la fa\u00e7on qu\u2019ont les m\u00e9dias de pr\u00e9senter tout ce qui va mal dans le monde. \u00ab <em>Les gens \u00e9teignent la t\u00e9l\u00e9, ils ne regardent plus les informations, ne lisent plus le journal. Et qu\u2019est-ce qui reste pour eux comme sources d\u2019information ? Les r\u00e9seaux sociaux qui diffusent parfois des informations fallacieuses. Cela est tr\u00e8s mauvais pour la d\u00e9mocratie<\/em> \u00bb, s\u2019inqui\u00e8te-t-il.<\/p>\n<p>Pour ce membre du <em>Constructive Institute<\/em>, il vaut mieux traiter les sujets d\u2019information en utilisant un prisme constructif. \u00ab\u00a0<em>Il faut se poser la question suivante\u00a0: y\u2019a-t-il une solution \u00e0 ce probl\u00e8me\u00a0? Peut-on la mettre en avant\u00a0?<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce d\u00e9sint\u00e9r\u00eat croissant vis-\u00e0-vis de l\u2019actualit\u00e9, ce type de journalisme peut r\u00e9concilier les consommateurs de l\u2019information et les m\u00e9dias. Il doit faciliter le d\u00e9bat pour entrouvrir la porte aux solutions. \u00ab\u00a0<em>Les jeunes par exemple cherchent une perspective d\u2019avenir. Et si on ne leur donne pas ce genre d\u2019informations tourn\u00e9es vers la recherche de la solution, ils ne sont plus du tout int\u00e9ress\u00e9s. <\/em>\u00bb<\/p>\n<blockquote><p>Le journaliste n\u2019est pas l\u00e0 pour imposer sa solution, mais pour montrer le lien entre le probl\u00e8me et la solution<\/p><\/blockquote>\n<p>L&#8217;Italien Di Stasi souligne le r\u00f4le social du journaliste qui doit se d\u00e9tacher des choses et simplement transposer les faits et les pistes de solution aux probl\u00e8mes soulev\u00e9s dans ses reportages. \u00ab <em>Parce que le journaliste n\u2019est pas l\u00e0 pour imposer sa solution, mais pour montrer le lien entre le probl\u00e8me et la solution <\/em>\u00bb, nuance-t-il. \u00ab\u00a0<em>Le journalisme constructif ne constitue pas une dichotomie. Il peut proposer une solution pour l\u2019avenir comme pour le pr\u00e9sent. Il faut non seulement proposer une solution, mais aussi montrer les limites de cette solution. <\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Durant ces Assises europ\u00e9ennes du journalisme, une question a \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9e concernant le traitement des sujets sur l\u2019Afrique par les m\u00e9dias occidentaux. Une grande partie des reportages parle de ce qui va mal, l\u2019Afrique \u00e9tant d\u00e9peinte comme &#8220;une terre de guerres, de maladies, de pauvret\u00e9.&#8221; Les aspects concernant l\u2019am\u00e9lioration rapide du niveau de vie sur ce continent sont rarement trait\u00e9s.<\/p>\n<h2><em> \u00ab Expliquer au monde qu\u2019il y a des nuances \u00bb<\/em><\/h2>\n<p>Pour Orla Borg, il ne faut pas r\u00e9duire l\u2019Afrique \u00e0 cette image de terre de malheurs. \u00ab <em>Le r\u00f4le du journalisme constructif, c\u2019est justement d\u2019expliquer au monde qu\u2019il y a des nuances, montrer que l\u2019Afrique ce n\u2019est pas un th\u00e9\u00e2tre de ce qui ne marche pas. Ce type de journalisme voit les choses avec les deux yeux, il voit le c\u00f4t\u00e9 positif et le c\u00f4t\u00e9 n\u00e9gatif. C\u2019est un journalisme qui veut changer la culture de l\u2019information sensationnelle. <\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Le sensationnel, les informations indiquant combien les choses vont mal, c&#8217;est ce qui se vend le mieux sur le march\u00e9 de l\u2019information. Ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, la couverture des conflits et des crises a rapport\u00e9 gros aux m\u00e9dias europ\u00e9ens et occidentaux en g\u00e9n\u00e9ral. La question est de savoir si le journalisme constructif peut survivre \u00e0 l\u2019aspect \u00e9conomique, d\u2019autant plus que les travaux publi\u00e9s ne se vendent pas aussi bien que les <em>breaking news<\/em> publi\u00e9es par les m\u00e9dias qui font plus dans le sensationnalisme.<\/p>\n<p>Pour Balint Ablonczy, les journalistes de solution sont confiants sur le fait que le journalisme constructif peut \u00e9conomiquement marcher. \u00ab <em>Notre plus grand dilemme quand nous avons lanc\u00e9 V\u00e1lasz Online \u00e9tait de savoir si nous pouvions sortir du sensationnalisme, et si le journalisme s\u00e9rieux pouvait \u00eatre un business-model. <\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Avec une pointe d\u2019optimisme, il conclut : \u00ab <em>Heureusement oui, parce que nous constatons que la population hongroise est asphyxi\u00e9e par toute cette information sensationnelle tellement pr\u00e9sente et pesante. Les gens ne consomment plus les m\u00e9dias traditionnels. Ils se tournent vers les m\u00e9dias constructifs et le bizness marche bien. <\/em>\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le journalisme constructif ou de solution met l\u2019information en perspective tout en incluant des pistes de solutions. 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