{"id":2492,"date":"2023-02-04T12:00:09","date_gmt":"2023-02-04T11:00:09","guid":{"rendered":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/?p=2492"},"modified":"2023-02-04T12:18:02","modified_gmt":"2023-02-04T11:18:02","slug":"celles-et-ceux-qui-partent-se-retrouvent-au-cafe-litteraire-danne-marie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/celles-et-ceux-qui-partent-se-retrouvent-au-cafe-litteraire-danne-marie\/","title":{"rendered":"&#8220;Celles et ceux qui partent&#8221; se retrouvent au caf\u00e9 litt\u00e9raire d&#8217;Anne-Marie"},"content":{"rendered":"<p>\u00c9ternel exil&#8230; Il n&#8217;en fallait pas plus pour que ce th\u00e8me atterrisse sur les tables de caf\u00e9s litt\u00e9raires des organisations d&#8217;\u00e9ducation permanente <a href=\"https:\/\/www.bepax.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Bepax<\/a> et <a href=\"https:\/\/www.justicepaix.be\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Justice et Paix<\/a>.<\/p>\n<p>Rencontre avec Anne-Marie Pirard, journaliste \u00e0 la retraite, et animatrice b\u00e9n\u00e9vole de l&#8217;un de ces caf\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Quelle relation y a-t-il entre Bepax, Justice et Paix, et la litt\u00e9rature ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Ce sont des permanents et des b\u00e9n\u00e9voles de ces organisations qui, il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, ont eu l\u2019intuition que la litt\u00e9rature pouvait apporter quelque chose \u00e0 leur travail militant. Leur conviction, et la n\u00f4tre encore aujourd\u2019hui, c\u2019est que les livres et la litt\u00e9rature permettent d\u2019ouvrir l\u2019esprit, d\u2019ouvrir le regard, de faire ressentir des choses qu\u2019on ne ressentirait pas habituellement, de permettre aussi de rencontrer des personnages \u00e0 travers le temps, l\u2019espace et les milieux sociaux qu\u2019on ne rencontrerait pas dans son quotidien. Et que cela donne de l\u2019intelligence et de la sensibilit\u00e9 et des outils pour aider \u00e0 transformer le monde.<\/em><\/p>\n<p><strong>Comment s&#8217;organise votre caf\u00e9 litt\u00e9raire ?<\/strong><\/p>\n<p><em>On l\u2019a organis\u00e9 sur le mod\u00e8le qui a toujours fonctionn\u00e9 depuis des ann\u00e9es. Il y a pour le moment deux groupes, l\u2019un est suivi par Bepax et l\u2019autre par Justice et Paix. Mais les gens peuvent se m\u00e9langer, les groupes sont ouverts \u00e0 tout le monde, m\u00eame aux personnes qui n\u2019appartiennent pas aux associations. <\/em><em>Chacun des groupes a son animatrice. Celle-ci choisit un th\u00e8me annuel et quatre livres en r\u00e9sonance avec ce th\u00e8me. Au cours d&#8217;une r\u00e9union commune en septembre, chaque animatrice pr\u00e9sente alors son th\u00e8me, ses livres et propose des jours de rencontre. Les personnes s\u2019inscrivent dans l\u2019un ou l\u2019autre groupe en fonction de leurs affinit\u00e9s, des th\u00e8mes et des livres. Pour mon groupe, c\u2019est le mardi.<\/em><\/p>\n<p><strong>Comment y participer ?<\/strong><\/p>\n<p><em>On s\u2019inscrit lors de la r\u00e9union de septembre. La particularit\u00e9 de ce caf\u00e9 litt\u00e9raire, propre \u00e0 nos deux associations, c\u2019est que nous lisons chaque roman deux fois. La premi\u00e8re fois, chacun et chacune dit ce qu\u2019il ou elle a pens\u00e9, a ressenti. Et puis, on d\u00e9bat. De ce d\u00e9bat, \u00e9mergent des questions, des points qu\u2019on a envie d\u2019\u00e9claircir, d\u2019approfondir. D\u2019un commun accord, on choisit alors deux, trois ou quatre pistes pour la relecture. Et donc la deuxi\u00e8me fois, on revient en ayant travaill\u00e9 sur l\u2019une ou l&#8217;autre approche. Cela forme une esp\u00e8ce de cycle.<\/em><\/p>\n<p><strong>Quel est le th\u00e8me choisi cette ann\u00e9e ?<\/strong><\/p>\n<p><em>&#8221; Celles et ceux qui partent &#8220;&#8230; le th\u00e8me de l\u2019exil, en ad\u00e9quation avec le travail men\u00e9 par Bepax, un th\u00e8me aussi d\u2019actualit\u00e9 et qui se renouvelle au fil des si\u00e8cles. Il ne faut pas oublier qu\u2019il y a aujourd\u2019hui aux Etats-Unis une ville o\u00f9 l&#8217;on trouve de nombreux descendants d\u2019habitants, d\u2019habitantes venant du Brabant Wallon, ici en Belgique, et qui sont partis l\u00e0-bas en esp\u00e9rant des conditions de vie meilleure. Aujourd\u2019hui, encore et toujours, il y a des gens qui fuient la mis\u00e8re et la d\u00e9tresse.<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00a0Parlez-nous de &#8220;vos&#8221; quatre romans ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Ils ont un point commun : leurs auteurs, autrices entretiennent une relation particuli\u00e8re avec l\u2019exil. Trois sont des exil\u00e9s et la quatri\u00e8me vient d&#8217;une famille tr\u00e8s m\u00e9tiss\u00e9e, avec une propre histoire qui la rendait particuli\u00e8rement sensible \u00e0 ce qu\u2019elle appelle dans un autre roman, &#8220;La Patience des traces&#8221;.<\/em><\/p>\n<p><em>Le premier roman ,&#8221;Ceux qui partent&#8221;, est celui de <a href=\"https:\/\/www.lecteurs.com\/auteur\/jeanne-benameur\/3095528\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Jeanne Benameur<\/a>. Il parle d&#8217;Europ\u00e9ens qui fuyaient les guerres et la mis\u00e8re. Il se d\u00e9roule en 1910 et raconte vingt-quatre heures d\u2019un groupe d\u2019immigr\u00e9s retenus \u00e0 Ellis Island en face de New York. C\u2019est l\u00e0 que leur sort va se jouer : ils pourront fouler le sol du nouveau monde ou seront refus\u00e9s et devront reprendre le premier bateau pour l\u2019Europe. Ils viennent de diff\u00e9rents pays, de diff\u00e9rents milieux. Face \u00e0 eux, un jeune photographe amateur new-yorkais, en qu\u00eate des traces d\u2019un pass\u00e9 relativement r\u00e9cent que sa riche famille a enfoui sous le silence. Espoir, angoisse, destins crois\u00e9s. L\u2019autrice, fran\u00e7aise, est n\u00e9e en Alg\u00e9rie d\u2019un papa alg\u00e9ro-tunisien et d\u2019une maman italienne. Son histoire et celle de sa\u00a0 famille la rendent particuli\u00e8rement sensible.<\/em><\/p>\n<p><em>Le deuxi\u00e8me romain est celui de <a href=\"https:\/\/www.albin-michel.fr\/dinaw-mengestu\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Dinaw Mengestu,<\/a> &#8220;Les belles choses que portent le ciel&#8221;. Il a \u00e9t\u00e9 traduit de l\u2019anglais par <a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/auteur\/Anne-Wicke\/48900\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Anne Wicke<\/a>.<\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019Am\u00e9rique encore, cent ans plus tard. Dans un de ces quartiers dits favoris\u00e9s, l\u2019\u00e9picerie de Stephanos venu d\u2019Ethiopie rejoindre un oncle, est l\u2019\u00e9picentre du roman. Le commerce vivote, ou plut\u00f4t &#8220;mourote&#8221;. La solitude de Stephanos est rompue par sa camaraderie avec deux autres solitudes, celle du Za\u00efre, ce pays qui deviendra la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC), et celle de Keneth, personnage de l&#8217;histoire originaire du Kenya.<\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019arriv\u00e9e dans le quartier de Judith, seule personne blanche, et de sa fille Naomi, fortement m\u00e9tiss\u00e9e, va servir de r\u00e9v\u00e9lateur \u00e0 leurs existences. Surtout quand l\u2019enfant va se mettre \u00e0 fr\u00e9quenter assid\u00fbment l\u2019\u00e9picerie et \u00e0 apporter des livres qu\u2019elle demandera \u00e0 Stephanos de lui lire\u2026<\/em><\/p>\n<h2>Une forme d&#8217;oxymore<\/h2>\n<p><em>Le titre est une citation de la &#8220;Divine Com\u00e9die&#8221; : le h\u00e9ros la prononce quand il sort de l\u2019Enfer. Ici, comme chez Dante, c\u2019est \u00e0 la fois un v\u0153u et une forme d\u2019oxymore : les protagonistes ont fui l\u2019enfer mais ils ne s\u2019acheminent pas pour autant au paradis. L\u2019auteur est \u00c9thiopien. Il vit aujourd\u2019hui aux Etats-Unis. Ce livre est son premier roman, suivi de plusieurs autres, tous distingu\u00e9s par la critique et traduits dans une quinzaine de langues.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab Stardust \u00bb est le troisi\u00e8me roman de <a href=\"https:\/\/www.grasset.fr\/auteurs\/leonora-miano\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">L\u00e9onora Miano<\/a>. Elle est Camerounaise et vit en France. Ce roman, le dernier en date de Miano, a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit voici vingt ans. Il vient de sortir. C\u2019est bien un roman mais directement inspir\u00e9 d\u2019un \u00e9pisode douloureux de la vie de l\u2019autrice : sans titre de s\u00e9jour, ayant fui son compagnon, elle r\u00e9side durant quinze jours avec sa fille d\u2019un an dans un centre d\u2019h\u00e9bergement et de r\u00e9insertion \u00e0 Paris, dans le 19<sup>\u00e8me<\/sup> arrondissement. Le roman alterne les chapitres en \u00ab je \u00bb quand elle \u00e9crit \u00e0 la grand-m\u00e8re qui l\u2019a \u00e9lev\u00e9e et en \u00ab elle \u00bb quand elle raconte ces quinze jours qui l\u2019ont marqu\u00e9e \u00e0 jamais. Il a donc fallu 20 ans \u00e0 Miano pour remanier son livre, le peaufiner et le donner \u00e0 lire. Il lui a fallu d\u2019abord \u00eatre connue, reconnue, obtenir des prix litt\u00e9raires (<a href=\"https:\/\/www.academiegoncourt.com\/goncourt-des-lyceens\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Goncourt des lyc\u00e9ens<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/prix\/4\/Femina\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">F\u00e9mina<\/a>) . Elle s\u2019en explique dans un avant-propos interpellant et bouleversant.<\/em><\/p>\n<p><em>Le 4<sup>\u00e8me<\/sup> et dernier roman est celui de <a href=\"https:\/\/www.academie-francaise.fr\/les-immortels\/dany-laferriere\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Dany Laferri\u00e8re,<\/a> &#8220;L\u2019\u00e9nigme du retour&#8221;.\u00a0<\/em><em>C\u2019est un r\u00e9cit d\u2019un retour au pays natal. Celui d\u2019un immigr\u00e9 ha\u00eftien qui, au d\u00e9c\u00e8s de son p\u00e8re, rentre au pays apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019exil. Il a fui la dictature comme son p\u00e8re avait d\u00fb le faire avant lui sous un autre dictateur. Il accomplit ce retour avec un neveu. Et il est confront\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du pays r\u00eav\u00e9. Un p\u00e9riple nostalgique, po\u00e9tique, teint\u00e9 d\u2019humour et de tristesse. <\/em><em>Dany Laferri\u00e8re est donc Ha\u00eftien. Il vit entre Paris et Montr\u00e9al avec de fr\u00e9quents retours en Ha\u00efti. Ce roman lui a valu le <a href=\"https:\/\/prixmedicis.wordpress.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Prix M\u00e9dicis<\/a>\u00a0 en 2009.<\/em><\/p>\n<p><strong>Si l&#8217;exil est un point commun entre ces quatre auteurs, en ont-ils une approche commune ?<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00a0Ce sont quatre romans vraiment tr\u00e8s diff\u00e9rents. Je dirais que les styles n\u2019ont rien de comparable : quatre styles, quatre types d\u2019\u00e9criture. Je pense que l&#8217;approche commune, c\u2019est la volont\u00e9 des auteurs et autrices de parler de l&#8217;exil au quotidien, mais dans des contextes diff\u00e9rents et \u00e0 des \u00e9poques diff\u00e9rentes. Il y a aussi dans les quatre r\u00e9cits beaucoup de pudeur.<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00a0Que vous apportent ces caf\u00e9s litt\u00e9raires<\/strong><strong>\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><em>Vous dire toute la joie que j\u2019ai depuis des ann\u00e9es \u00e0 prendre part, comme simple participante ou animatrice, \u00e0 ces caf\u00e9s litt\u00e9raires. Parce que lire, c\u2019est d\u2019abord une exp\u00e9rience magnifique, unique, qui enrichit la vie et lui donne une autre dimension. Mais lire avec d\u2019autres, pour d&#8217;autres, c\u2019est encore diff\u00e9rent. Chacun avec son histoire, sa personnalit\u00e9, son rapport \u00e0 la lecture&#8230; Un enrichissement, du pur plaisir.<\/em><\/p>\n<p><em><strong>Infos : 02\/896.95.00 ou pascale.piron@bepax.org\u00a0<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un th\u00e8me, quatre livres et une journaliste \u00e0 la retraite pour faire r\u00e9sonner l&#8217;exil d&#8217;hier et d&#8217;aujourd&#8217;hui.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2493,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[123],"tags":[],"coauthors":[29],"class_list":["post-2492","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2492","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2492"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2492\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2494,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2492\/revisions\/2494"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2493"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2492"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2492"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2492"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=2492"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}