{"id":2637,"date":"2023-05-26T12:05:39","date_gmt":"2023-05-26T10:05:39","guid":{"rendered":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/?p=2637"},"modified":"2023-05-26T12:56:59","modified_gmt":"2023-05-26T10:56:59","slug":"le-retour-au-pays-pour-une-personne-refugiee-le-dilemme-impossible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/le-retour-au-pays-pour-une-personne-refugiee-le-dilemme-impossible\/","title":{"rendered":"Le retour au pays pour une personne r\u00e9fugi\u00e9e : le dilemme impossible\u00a0"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Vous \u00eates-vous d\u00e9j\u00e0 r\u00e9veill\u00e9s un matin et en descendant au rez-de-chauss\u00e9e, vous apprenez que votre pays, celui que vous connaissez depuis tout petit, est entr\u00e9 en guerre ? Imaginer sa nation dans un conflit, <em>&#8220;comme durant les guerres mondiales&#8221;<\/em>, tout le monde l&#8217;a fait. Lana et Anastasia, elles, l&#8217;ont v\u00e9cu.\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Lana, d\u00e9j\u00e0 en Belgique en f\u00e9vrier 2022 a d\u00fb accueillir des membres de sa famille chez elle, tandis qu&#8217;Anastasia, en Ukraine \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, s&#8217;est exil\u00e9e en Gr\u00e8ce, afin de pouvoir continuer ses \u00e9tudes en toute s\u00e9curit\u00e9. En comparaison avec certains compatriotes, ces deux jeunes femmes sont bien conscientes d&#8217;avoir eu <em>&#8220;plus de chance&#8221;<\/em>, b\u00e9n\u00e9ficiant toutes les deux d&#8217;une situation plut\u00f4t confortable malgr\u00e9 la guerre qui d\u00e9cime, encore actuellement, leur pays.\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Lorsque le conflit \u00e9clate il y a plus d&#8217;un an maintenant, des milliers de personnes\u00a0doivent, bien malgr\u00e9 eux, plier bagages, quitter l\u2019Ukraine et partir \u00e0 la recherche de s\u00e9curit\u00e9 aux quatre coins de l&#8217;Europe&#8230; pour ne plus y revenir ?\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>&#8220;Beaucoup ne comprennent pas&#8221;<\/b>\u00a0<\/span><\/h2>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Arriv\u00e9e en Gr\u00e8ce quelques semaines apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre, Anastasia l&#8217;expliquait elle-m\u00eame : <em>&#8220;Je ne n\u2019avais aucunement id\u00e9e de comment la guerre aller se d\u00e9rouler. J\u2019aime savoir que je ne risque pas d\u2019\u00eatre bombard\u00e9e par un missile russe \u00e0 tout moment, c&#8217;est s\u00fbr, mais j&#8217;ai du mal \u00e0 r\u00e9aliser qu&#8217;il y a la guerre dans mon pays.&#8221;\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Un sentiment d&#8217;incompr\u00e9hension tout \u00e0 fait normal pour Viktoriia Neiland, psychologue ukrainienne, active d\u00e9sormais au sein de l&#8217;ASBL Solentra, experte en mati\u00e8re de soins et d&#8217;aide psychologiques aux r\u00e9fugi\u00e9s. <em>&#8220;Beaucoup ne comprennent pas le processus qui leur arrive. Certains ne peuvent pas g\u00e9rer leurs propres sentiments difficiles, ne savent pas comment r\u00e9duire leur niveau de stress et comment s&#8217;adapter \u00e0 leur nouvelle r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est normal qu\u2019ils ressortent touch\u00e9s d&#8217;une telle exp\u00e9rience.&#8221;\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les grands-parents de Lana, arriv\u00e9s en Belgique apr\u00e8s le d\u00e9but du conflit, et Anastasia sont dans leur &#8220;nouvelle r\u00e9alit\u00e9&#8221; depuis plusieurs mois d\u00e9sormais. Se voient-ils repartir chez eux lorsque la situation sera calm\u00e9e ou plut\u00f4t rester dans cette vie, loin de leur pays natal ? Les avis divergent. \u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><em>&#8220;Lorsque le probl\u00e8me sera r\u00e9gl\u00e9, mes grands-parents n&#8217;auront qu&#8217;une h\u00e2te : rentrer dans le pays dans lequel ils vivent depuis 70 ans. Ils ne parlent pas fran\u00e7ais, ne connaissent personne en Belgique, ont tout laiss\u00e9 en Ukraine : c&#8217;est normal qu&#8217;ils aient envie de rentrer chez eux&#8221;<\/em>, explique Lana.\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Anastasia, plus jeune, dynamique et polyglotte, voit les choses diff\u00e9remment : si elle garde son pays dans son c\u0153ur, elle voudrait pouvoir d\u00e9couvrir le monde autrement que par obligation. <em>&#8220;J&#8217;aime la facilit\u00e9 de la vie normale, sans guerre, j&#8217;aime la s\u00e9curit\u00e9 que l&#8217;\u00e9tranger me propose. Vivre \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger me plait et j&#8217;esp\u00e8re que quand la guerre sera termin\u00e9e, je pourrai d\u00e9couvrir l&#8217;\u00e9tranger par ma propre volont\u00e9, pas parce que je risque de mourir dans mon pays.&#8221;\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Si la situation en Ukraine a pu toucher beaucoup de personnes sur le continent du fait de la proximit\u00e9 g\u00e9ographique du conflit, de nombreuses autres, hors de nos fronti\u00e8res europ\u00e9ennes, ont connu des situations identiques ou presque.\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>&#8220;Plut\u00f4t mourir que de repartir&#8221;<\/b><\/span><\/h2>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Chez nous, l&#8217;\u00e9tat d&#8217;esprit dans lequel arrivent les r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0est bien souvent conditionn\u00e9 par <\/span><span class=\"s1\">ce qu&#8217;ils ont v\u00e9cu juste avant d\u2019arriver en Belgique. <em>&#8220;Il y a une ambivalence : les r\u00e9fugi\u00e9s sont souvent remplis de gratitude face \u00e0 l&#8217;accueil belge, puisque qu&#8217;en g\u00e9n\u00e9ral, ils passent d&#8217;abord par les pays d&#8217;Europe du Sud, comme l&#8217;Italie ou la Gr\u00e8ce, <a href=\"https:\/\/www.20minutes.fr\/monde\/4025418-20230226-italie-tragedie-pres-cotes-mort-quarantaine-refugies-dont-nouveau#:~:text=naufrage-,Italie%2520%253A%2520Trag%25C3%25A9die%2520pr%25C3%25A8s%2520des%2520c%25C3%25B4tes%2520avec%2520la%2520mort%2520d'une,r%25C3%25A9fugi%25C3%25A9s%2520dont%2520un%2520nouveau%252Dn%25C3%25A9&amp;text=120%2520personnes%2520se%2520trouvaient%2520sur,ont%2520%25C3%25A9t%25C3%25A9%2520r%25C3%25A9cup%25C3%25A9r%25C3%25A9es%2520en%2520vie.&amp;text=Nouvelle%2520trag%25C3%25A9die%2520en%2520M%25C3%25A9diterran%25C3%25A9e.\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span class=\"s2\">qui sont beaucoup moins accueillants<\/span><\/a>&#8220;<\/em>, note Jean Vreux, psychologue travaillant avec des r\u00e9fugi\u00e9s du centre Fedasil. <em>&#8220;Cependant, le syst\u00e8me belge est tellement lent que certains attendent des ann\u00e9es avant d&#8217;avoir une r\u00e9ponse de l&#8217;administration et doivent vivre dans des endroits insalubres pendant cette p\u00e9riode.&#8221;\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Apr\u00e8s plusieurs semaines, voire mois pass\u00e9s loin de leur pays, de leur famille dans certains cas, dans quel \u00e9tat d\u2019esprit sont ces personnes r\u00e9fugi\u00e9es ? <em>&#8220;Les Ukrainiens sont l&#8217;exception, mais la tendance g\u00e9n\u00e9rale, c&#8217;est &#8220;plut\u00f4t mourir que de repartir&#8221;. En Syrie, en plus du conflit, le contexte \u00e9conomique est catastrophique, et il y a une violence extr\u00eame dans le pays. En Afghanistan, il n&#8217;y a plus de guerre, mais le pouvoir est aux Talibans et les perspectives de vie ne sont pas tr\u00e8s enthousiasmantes. L&#8217;espoir g\u00e9n\u00e9ral, bien souvent, c&#8217;est de pouvoir faire le regroupement familial en Belgique&#8221;<\/em>, explique le psychologue.\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Au cas par cas<\/b>\u00a0<\/span><\/h2>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">On le voit, si certaines personnes esp\u00e8rent pouvoir rentrer chez elles le plus vite possible, d&#8217;autres n&#8217;ont qu&#8217;un objectif : rester en Belgique. Et c&#8217;est tout \u00e0 fait normal, selon Jean Vreux. <em>&#8220;Lorsqu&#8217;un Ukrainien arrive en Belgique, il ne va pas \u00eatre s\u00e9duit de la m\u00eame mani\u00e8re qu&#8217;un Syrien puisqu&#8217;il jouissait d&#8217;un certain confort dans son pays avant le d\u00e9but du conflit. La perspective de pouvoir acheter une voiture, par exemple, ne va pas l&#8217;emballer, contrairement au Syrien.&#8221;\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En ce qui concerne le cas ukrainien, Jean Vreux tient aussi \u00e0 faire une distinction importante : avant la guerre, on ne pouvait pas parler de peuple ukrainien comme d&#8217;un peuple unifi\u00e9. <em>&#8220;Il y a des pro-russes et les pro-europ\u00e9ens depuis des ann\u00e9es. Bien s\u00fbr, quand une bombe nous tombe dessus, peu importe le camp, on fait ses valises de la m\u00eame mani\u00e8re, mais dans ce cas-ci, la d\u00e9cision de retourner au pays diff\u00e8re de l&#8217;opinion politique. Si la Russie de Poutine prend le pouvoir sur certaines zones, les pro-europ\u00e9ens du coin seront s\u00fbrement moins enclins \u00e0 revenir.&#8221;\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Hormis la politique, d&#8217;autres arguments pourraient pousser certains Ukrainiens \u00e0 rester en Europe de l&#8217;Ouest. <em>&#8220;L&#8217;Europe de l&#8217;Est, c&#8217;est diff\u00e9rent&#8221;<\/em>, affirme le psychologue. <em>&#8220;Il est probable que certaines femmes, certaines personnes homosexuelles, par exemple, vont \u00eatre s\u00e9duits par notre fa\u00e7on de penser : plus ouverte, plus \u00e9galitaire. Pour penser un ph\u00e9nom\u00e8ne, il faut g\u00e9n\u00e9raliser, mais ici, c&#8217;est souvent au cas par cas.&#8221;\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p><strong><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par des\u00a0\u00e9tudiant.es\u00a0en MA2 de l\u2019ULB\/VUB sous la coordination d\u2019Alexandre Niyungeko, Gabrielle Ramain, Lailuma Sadid et Frisien Vervaeke.<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous \u00eates-vous d\u00e9j\u00e0 r\u00e9veill\u00e9s un matin et en descendant au rez-de-chauss\u00e9e, vous apprenez que votre pays, celui que vous connaissez depuis tout petit, est entr\u00e9 en guerre ? 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