{"id":2818,"date":"2024-02-07T14:10:54","date_gmt":"2024-02-07T13:10:54","guid":{"rendered":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/?p=2818"},"modified":"2024-02-14T14:11:17","modified_gmt":"2024-02-14T13:11:17","slug":"turquie-un-an-apres-le-seisme-rien-na-change-1-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/turquie-un-an-apres-le-seisme-rien-na-change-1-3\/","title":{"rendered":"Turquie, un an apr\u00e8s le s\u00e9isme : &#8220;Rien n&#8217;a chang\u00e9&#8221; (1\/3)"},"content":{"rendered":"<p>Ils s\u2019appellent Nezihe, Sevilay, Do\u011fu\u015f, Sadik, Zekiye ou Yusuf. Tous ont v\u00e9cu le s\u00e9isme du 6 f\u00e9vrier 2023 en Turquie. Un an apr\u00e8s, Latitudes a parcouru Hatay, leur r\u00e9gion, pour observer leur nouveau quotidien. Ils nous ont racont\u00e9 leur nouvelle vie, en tente ou en conteneur, comme interne \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ou comme prof, \u00e0 reconstruire maison ou commerce. Leur quotidien constitue une porte d\u2019entr\u00e9e pour comprendre Hatay et les enjeux de sa reconstruction.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5076\" aria-describedby=\"caption-attachment-5076\" style=\"width: 667px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5076\" src=\"https:\/\/medialatitudes.be\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/DSCF7514-2.jpg\" alt=\"\" width=\"667\" height=\"445\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5076\" class=\"wp-caption-text\">Nezihe devant sa tente, o\u00f9 elle habite avec sa belle-m\u00e8re depuis 10 mois. \u00a9 Layam Robert<\/figcaption><\/figure>\n<h2>Nezihe : <em>&#8220;On ne voulait pas quitter notre quartier&#8221;<\/em><\/h2>\n<p>\u201c<i>Un an apr\u00e8s, rien n\u2019a chang\u00e9 : on souffre toujours.<\/i>\u201d Sur les canap\u00e9s rapi\u00e9c\u00e9s du camp de Samandag, l\u2019assembl\u00e9e est h\u00e9t\u00e9roclite. Jeunes parents pr\u00e9occup\u00e9s, gamins curieux de tromper l\u2019ennui ou grands-parents remont\u00e9s, ils sont une dizaine assis autour du po\u00eale \u00e0 bois. Install\u00e9 sur deux anciens terrains de basket, le camp consiste en une trentaine de tentes organis\u00e9es en rue. Chacune est entour\u00e9e de son bric-\u00e0-brac d\u2019objets du quotidien, patchwork d\u2019une vie d\u2019avant r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e sous les d\u00e9combres : meuble \u00e0 chaussures, tabourets empil\u00e9s et collection de cactus dess\u00e9ch\u00e9s.<\/p>\n<p>\u201c<i>Avant le s\u00e9isme, c\u2019\u00e9tait la halle de la ville\u201d<\/i> pr\u00e9cise Nezihe. Comme pr\u00e8s de 300.000 habitants de la r\u00e9gion d\u2019Hatay, elle et ses proches vivent dans un camp depuis l\u2019effondrement de leur logement. Avant de s\u2019installer dans la \u201cville-tentes\u201d, les seize familles r\u00e9sidaient m\u00eame dans le quartier. <i>\u201cVous voyez ces rues-l\u00e0 ?<\/i>\u201d Nezihe se tourne vers une avenue adjacente jonch\u00e9e de gravats. <i>\u201cOn habitait juste-l\u00e0.\u201d\u00a0<\/i><\/p>\n<blockquote><p><strong><i>\u201cPendant le tremblement de terre, il faisait si froid. Tout \u00e9tait terrible. M\u00eame \u00eatre solidaire, c\u2019\u00e9tait difficile dans un tel chaos. Mais on a surv\u00e9cu.\u201d<\/i><\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Dans la nuit du 6 f\u00e9vrier 2023, un tremblement de terre secoue la Turquie et la Syrie. Rien qu\u2019en Turquie, les autorit\u00e9s nationales d\u00e9comptent plus de 57.000 morts. Dans le sud du pays, Hatay est la province la plus durement impact\u00e9e. Plus de la moiti\u00e9 des b\u00e2timents de la province sont \u00e0 reconstruire. Antakya (Antioche), la capitale administrative, est presque compl\u00e8tement effondr\u00e9e. Un an apr\u00e8s, des centaines de b\u00e2timents sont encore en cours de destruction et de ramassage. Sur les deux millions d\u2019habitants de la province, 23.000 d\u00e9c\u00e8dent et un peu moins de la moiti\u00e9 sont d\u00e9plac\u00e9s pour fuir la r\u00e9gion ou pour \u00eatre relog\u00e9s dans des camps. L\u2019Autorit\u00e9 turque de gestion des catastrophes et des urgences (AFAD) g\u00e8re la moiti\u00e9 de ces camps. L\u2019autre moiti\u00e9, des camps informels, consiste en un regroupement de logements de fortune, faits de tentes et de conteneurs r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s. C\u2019est dans l\u2019un d\u2019eux que Nezihe r\u00e9side.<\/p>\n<h2><b>Survivre \u201c<\/b><b><i>jour apr\u00e8s jour, tous les jours<\/i><\/b><b>\u201d<\/b><\/h2>\n<p>Sur sa vie d&#8217;avant, difficile d&#8217;en savoir plus. Nezihe est pudique, elle pr\u00e9f\u00e8re se concentrer sur le pr\u00e9sent, sur sa survie dans le camp <i>\u201cjour apr\u00e8s jour, tous les jours<\/i>.\u201d La tente qu\u2019elle partage avec sa belle-m\u00e8re, AFAD a mis presque deux mois \u00e0 lui donner. Dedans, il y a tout juste la place pour deux matelas. La fine b\u00e2che ne prot\u00e8ge ni du froid, ni du bruit environnant. Nezihe a un chauffage, mais comme l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est tr\u00e8s souvent coup\u00e9e, \u201c<i>on se retrouve tous ici, au milieu du camp, pour se r\u00e9chauffer avec le feu du po\u00eale.<\/i>\u201d Bonnet de laine enfonc\u00e9 jusqu\u2019aux sourcils, chaussures de travail aux pieds, sa tenue est fonctionnelle, \u00e0 l\u2019image de son quotidien.<i>\u201cToute la journ\u00e9e, on est ici, \u00e0 cuisiner et \u00e0 s\u2019occuper des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res. La vaisselle et la lessive, c\u2019est le plus difficile, puisqu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;eau ici.<\/i>\u201d L\u2019eau, il faut la r\u00e9cup\u00e9rer dans un \u00e9norme bidon install\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du camp. Pour se laver, Nezihe doit partager la douche, une b\u00e2che tir\u00e9e autour d\u2019un robinet et d\u2019un seau d\u2019eau, avec les quelque cent habitants du camp. M\u00eame chose pour la cuisine et les deux toilettes. <i>\u201cIci, il n\u2019y a juste aucune hygi\u00e8ne, pas d\u2019intimit\u00e9, rien du tout\u201d <\/i>ajoute un des jeunes de l\u2019assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>Les conditions du camp de Nezihe refl\u00e8tent bien celles des autres \u201cvilles-tentes\u201d informelles. Dans les \u201cvilles-conteneurs\u201d tenues par le gouvernement, les conditions se r\u00e9v\u00e8lent souvent plus confortables. Les conteneurs ont l\u2019eau courante, des sanitaires ou tout simplement des cloisons. Pour les rescap\u00e9s, impossible de choisir un lieu d&#8217;attribution. Il n&#8217;est donc pas rare qu&#8217;ils se voient assign\u00e9s un camp, \u00e0 l&#8217;autre bout de la province. Beaucoup pr\u00e9f\u00e8rent donc s\u2019installer ill\u00e9galement aux c\u00f4t\u00e9s de leur famille, de leur travail ou de leur ancien quotidien. \u201c<i>On ne voulait pas quitter notre quartier, \u00eatre loin de notre terrain et s\u00e9par\u00e9s<\/i>\u201d, justifie Nezihe.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<!-- MetaSlider 5033 not found -->\n<h2><b>Un sentiment d\u2019abandon<\/b><\/h2>\n<p><i>\u201cPour l\u2019instant, ce qu\u2019il nous faut, c\u2019est du travail et de l\u2019argent pour reconstruire nos maisons.<\/i>\u201d Travailleuse journali\u00e8re, Nezihe a l\u2019habitude du labeur, de passer des journ\u00e9es \u00e0 collecter les fruits des jardins. Les mara\u00eechers de la r\u00e9gion l\u2019appelaient au matin en cas de besoin. Mais depuis le s\u00e9isme, les coups de fil se font rares. Pour s\u2019en sortir, elle ne compte plus sur le gouvernement turc : <i>\u201cLa plupart des aides vont aux camps officiels. Ici, maintenir une solidarit\u00e9 est notre seule solution pour survivre\u201d.<\/i> Les seize familles re\u00e7oivent des biens de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 (eau, nourriture, habits) d\u2019associations humanitaires, mais aucune subvention<i>.<\/i><\/p>\n<blockquote><p><strong><i>\u201cCertaines personnes ont de l\u2019aide, nous non, on ne sait pas pourquoi.\u201d<\/i><\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Le gouvernement a mis en place un ensemble d&#8217;aides financi\u00e8res, th\u00e9oriquement distribu\u00e9es selon le niveau de revenu et de destruction de son logement. Seulement, l&#8217;ampleur du probl\u00e8me rend difficile voire impossible d&#8217;aider tous les camps informels de la r\u00e9gion. Et pour G\u00fcl\u00e7in Erdi, sociologue de la politique turque, le fonctionnement client\u00e9liste du gouvernement opacifie aussi l\u2019attribution. Des personnes tr\u00e8s riches, proches de membres locaux de l\u2019AKP, parti du gouvernement, ont par exemple pu b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019aides.<\/p>\n<p>Nezihe est r\u00e9sign\u00e9e. <i>\u201cHonn\u00eatement, le gouvernement nous a laiss\u00e9s seuls.\u201d <\/i>Pourtant, pendant la campagne \u00e9lectorale nationale de mai dernier, \u201c<i>tous les partis sont venus. Ils ont promis que la situation s\u2019am\u00e9liorerait, mais rien n\u2019a vraiment \u00e9volu\u00e9<\/i>\u201d. Et pour les \u00e9lections municipales de mars prochain ? \u201c<i>Bien s\u00fbr qu\u2019ils viendront faire un show, nous aider pour les cam\u00e9ras, avant de repartir.\u201d <\/i>Nezihe n\u2019attend plus rien de l&#8217;\u00c9tat. Elle avoue ne plus avoir d\u2019espoir en l\u2019avenir, ni pour sa famille, ni pour Hatay. Ce qui lui faut, c\u2019est de l\u2019aide \u201c<i>de quelque part, de n&#8217;importe o\u00f9.\u201d<\/i><\/p>\n<p><em><b>Dans le prochain article, d\u00e9couvrez la vie \u00e0 Antakya sous le prisme de deux jeunes, Sevilay, enseignante d&#8217;anglais qui vit en conteneur et Yusuf, interne en m\u00e9decine.<\/b><\/em><\/p>\n<p><em><strong>Ce reportage a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 avec le soutien du Fonds pour le journalisme en F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles.<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 6 f\u00e9vrier 2023, deux s\u00e9ismes frappent la Turquie et la Syrie. Avec plus de 23.000 morts, la province d\u2019Hatay, dans le sud-est, est la plus touch\u00e9e. Un an apr\u00e8s, retour sur la situation avec une s\u00e9rie de portraits.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2819,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[101],"tags":[363,241,209,151],"coauthors":[361,362],"class_list":["post-2818","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-international","tag-droits-humains","tag-logement","tag-seisme","tag-turquie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2818","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2818"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2818\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2820,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2818\/revisions\/2820"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2819"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2818"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2818"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2818"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=2818"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}