{"id":2902,"date":"2024-05-21T14:40:37","date_gmt":"2024-05-21T12:40:37","guid":{"rendered":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/?p=2902"},"modified":"2024-05-21T17:28:09","modified_gmt":"2024-05-21T15:28:09","slug":"ruyigi-des-femmes-solaires-illuminent-la-region","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/ruyigi-des-femmes-solaires-illuminent-la-region\/","title":{"rendered":"Ruyigi : des &#8220;femmes solaires&#8221; illuminent la r\u00e9gion"},"content":{"rendered":"<p>Elles ont 35-50 ans et traversent r\u00e9guli\u00e8rement les fronti\u00e8res pour importer des kits solaires tels que des lampes, des t\u00e9l\u00e9viseurs ou des panneaux solaires import\u00e9s de Tanzanie. C&#8217;est le cas du village de Nyarumuri, dans la commune de Nyabitsinda, au c\u0153ur de la province de Ruyigi, \u00e0 10 kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re tanzanienne.<\/p>\n<p>Nyarumuri est situ\u00e9e dans l\u2019une des r\u00e9gions les plus recul\u00e9es du pays. Pour atteindre Nyarumuri, les visiteurs doivent parcourir environ 45 kilom\u00e8tres depuis la capitale de la province de Ruyigi, elle-m\u00eame situ\u00e9e \u00e0 50 kilom\u00e8tres de la capitale burundaise, Gitega. Ce village n&#8217;est pas connect\u00e9 au r\u00e9seau \u00e9lectrique, mais gr\u00e2ce aux efforts des femmes importatrices de produits solaires, plus de 60 % des habitants ont acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n<p>Aline Kabura, une habitante de 40 ans, veuve d\u2019un ancien militaire de l\u2019arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re mort au front en 2001, fait partie de ces femmes transfrontali\u00e8res.<\/p>\n<p>Chaque jour \u00e0 5 heures du matin, cette maman de trois enfants qu\u2019elle \u00e9lev\u00e9 seule, traverse la fronti\u00e8re tanzanienne jusqu&#8217;au march\u00e9 de Mahazo sur la colline de Nyakayenzi. Elle doit marcher environ 2 heures pour y acc\u00e9der.<\/p>\n<blockquote><p><strong><em>&#8220;Vous pouvez gagner jusqu&#8217;\u00e0 50.000 BIF car nos produits solaires sont tr\u00e8s demand\u00e9s.&#8221;<\/em><\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Jeannette 45 ans, veuve d\u2019un ancien rebelle du <a href=\"https:\/\/cndd-fdd.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Cndd-Fddd<\/a> mort au front en 1999, habite aussi la zone de Nyarumuri. Elle va acheter des produits solaires en Tanzanie et d\u00e9pense 22.000 francs burundais (BIF) (environ 10,76 dollars) pour se rendre \u00e0 la fronti\u00e8re. Pour atteindre sa destination finale, elle marchera encore 3 heures.<\/p>\n<p>Elle ach\u00e8te des produits solaires pour 20.000 shillings tanzaniens (environ 30 mille BIF ou 9 USD).<em> &#8220;En arrivant au Burundi, vous pouvez gagner jusqu&#8217;\u00e0 50.000 BIF (23,75 USD) car nos produits solaires sont tr\u00e8s demand\u00e9s dans les villages.&#8221;<\/em><\/p>\n<h2>Entrer dans le future<\/h2>\n<p>Micheline, une institutrice de 44 ans, se souvient des nombreux probl\u00e8mes rencontr\u00e9s par ses enfants \u00e0 cause du manque d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9: <em>&#8220;Gr\u00e2ce \u00e0 la vente de lampes solaires, la localit\u00e9 de Nyarumuri est entr\u00e9e dans le futur.&#8221;<\/em><\/p>\n<p>Selon elle, avant de pouvoir acheter ces lampes, ses enfants devaient r\u00e9viser leurs devoirs dans le noir, avec pour seule lumi\u00e8re une flamme de cuisine ou une lampe \u00e0 p\u00e9trole traditionnelle, les yeux piqu\u00e9s par la fum\u00e9e.<\/p>\n<p><em>&#8221;Nous nous sommes demand\u00e9 comment lutter contre l&#8217;\u00e9chec scolaire et am\u00e9liorer les conditions de nos \u00e9l\u00e8ves dans notre village, mais sans succ\u00e8s. Le seul moyen \u00e9tait l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9&#8221;<\/em>, confie-t-elle.<\/p>\n<p>Ainsi, il y a six mois, gr\u00e2ce aux femmes qui font le commerce transfrontalier de produits solaires, Micheline a re\u00e7u sa premi\u00e8re lampe, un panneau solaire et une batterie rechargeable.<\/p>\n<blockquote><p><strong><em>&#8220;Je n&#8217;aurais jamais imagin\u00e9 que \u00e7a fonctionnerait aussi bien.&#8221;<\/em><\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p><em>&#8220;Dans notre localit\u00e9, je n&#8217;aurais jamais imagin\u00e9 que \u00e7a fonctionnerait aussi bien. Aujourd&#8217;hui ,ma maison et celles des voisins sont bien \u00e9clair\u00e9es&#8221;<\/em>, raconte encore cette m\u00e8re de quatre enfants.<\/p>\n<p>Depuis d\u00e9but 2023, pr\u00e8s de 5.000 lampes solaires ont \u00e9t\u00e9 vendues par les femmes qui apportent leurs produits aux m\u00e9nages de la commune de Nyabitsinda, de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, y compris aux villages les plus recul\u00e9s de la province de Ruyigi.<\/p>\n<h2>Lutter contre le ch\u00f4mage<\/h2>\n<p>Mais l&#8217;\u00e9nergie solaire permet aussi de lutter contre le ch\u00f4mage des jeunes de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Alberic Mahoro, 35 ans, est mari\u00e9 et p\u00e8re de trois enfants. Depuis l&#8217;arriv\u00e9e des panneaux solaires sur la colline de\u00a0 Rutema, dans la zone de Muhwazi, il a pu ouvrir son salon de coiffure.<\/p>\n<p>L&#8217;homme est connu dans la communaut\u00e9 car il travaille comme coiffeur au march\u00e9 de Muhwazi depuis 2017. Avant cela, Blaise, comme on le surnomme ici, travaillait pour un autre salon tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de chez lui. Il a d&#8217;abord demand\u00e9 de l&#8217;aide \u00e0 ses amis pour acheter du mat\u00e9riel solaire afin d&#8217;ouvrir son salon.<\/p>\n<blockquote><p><strong><em>&#8220;C\u2019est avec ce petit travail que j\u2019arrive \u00e0 nourrir ma famille.&#8221;<\/em><\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p><em>&#8220;Je me sens tr\u00e8s \u00e0 l&#8217;aise. Par exemple, le jour du march\u00e9, quand je coiffe beaucoup de monde, je rentre \u00e0 la maison avec 10.000 francs <\/em>(environ 2,45-2,93 USD)<em>. C\u2019est avec ce petit travail que j\u2019arrive \u00e0 nourrir ma famille.&#8221;<\/em><\/p>\n<p>Alberic, tient d\u00e9sormais un salon pr\u00e8s du march\u00e9. Ce qui lui permet de payer progressivement son panneau solaire achet\u00e9 \u00e0 cr\u00e9dit aupr\u00e8s d&#8217;Adelina, veuve d\u2019un ancien rebelle, qui importe aussi ces produits de Tanzanie. Chaque semaine, le coiffeur lui verse 20.000 francs (4,90 USD).<\/p>\n<p>Alberic nettoie les rasoirs \u00e9lectriques dans son atelier sous l&#8217;\u0153il vigilant d&#8217;un groupe de jeunes venus apprendre la coiffure, tandis que les clients profitent de la musique, de la climatisation et de la recharge gratuite de leur t\u00e9l\u00e9phone portable. Sinon, pour les voisins qui ne viennent pas se faire coiffer, recharger un t\u00e9l\u00e9phone leur co\u00fbte mille francs (environ 0,05 USD).<\/p>\n<h2>Voler de leurs propres ailes<\/h2>\n<p>Alors que le probl\u00e8me de l&#8217;emploi se pose avec plus d&#8217;acuit\u00e9 dans cette localit\u00e9 proche de la fronti\u00e8re avec la Tanzanie, Alberic accompagne les jeunes qui souhaitent cr\u00e9er leur propre salon.<\/p>\n<p><em>&#8221; \u00c0 l&#8217;issue d&#8217;une formation courte, j&#8217;accompagne ces jeunes dans la cr\u00e9ation de leur salon pour qu&#8217;ils puissent voler de leurs propres ailes. Et c&#8217;est gr\u00e2ce \u00e0 ces femmes qui font du commerce transfrontalier que cela est possible&#8221;<\/em>, se r\u00e9jouit il.<\/p>\n<p>Au march\u00e9 de Muhwazi, seul centre urbain de la localit\u00e9, Alberic supervise au total quatre salons de coiffure tenus par de jeunes apprentis.<\/p>\n<p><em>&#8220;Tous ces coiffeurs sont ici gr\u00e2ce au commerce transfrontalier des femmes&#8221;,<\/em> explique-t-il.<\/p>\n<h2>La t\u00e9l\u00e9vision solaire pour tous<\/h2>\n<p>\u00c0 Nyarumuri, dans son salon, Aline Ndayikeje a les yeux riv\u00e9s sur l&#8217;\u00e9cran de son t\u00e9l\u00e9viseur. Cette dame \u00e2g\u00e9e est bien connue dans les environs pr\u00e9cis\u00e9ment gr\u00e2ce \u00e0 sa t\u00e9l\u00e9vision. D&#8217;autant que le r\u00e9seau \u00e9lectrique le plus proche se trouve \u00e0 environ 60 km de son domicile.<\/p>\n<p>Elle raconte que lorsque les premiers kits ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre vendus \u00e0 moindre co\u00fbt, elle n&#8217;a pas h\u00e9sit\u00e9 une seule minute et a imm\u00e9diatement saut\u00e9 sur l&#8217;occasion puisque, selon elle, &#8220;<em>la t\u00e9l\u00e9vision solaire est une solution accessible \u00e0 tous pour suivre l&#8217;actualit\u00e9 au quotidien. <\/em><em>Avant que ces femmes n&#8217;importent des produits solaires, personne n\u2019avait acquis de t\u00e9l\u00e9vision dans la localit\u00e9, c&#8217;\u00e9tait impensable. Moi-m\u00eame, je n&#8217;avais jamais cru qu&#8217;un jour j&#8217;en poss\u00e9derais une.&#8221;<\/em><\/p>\n<blockquote><p><strong><em>&#8220;La nuit,<\/em> <em>elle me sert aussi \u00e0 \u00e9clairer la maison.&#8221;\u00a0<\/em><\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Elle a d&#8217;ailleurs d\u00fb faire des \u00e9conomies et avoue que ses fr\u00e8res qui habitent en ville l&#8217;admirent, elle, la &#8220;simple agricultrice, pour cette acquisition. De plus, toujours selon elle, le t\u00e9l\u00e9viseur solaire s&#8217;allume en cas de faible ensoleillement et m\u00eame par mauvais temps: &#8220;<em>Et la nuit,<\/em> ajoute-t-elle, tout sourire, <em>elle me sert aussi \u00e0 \u00e9clairer la maison.&#8221;\u00a0<\/em><\/p>\n<p>La t\u00e9l\u00e9vision solaire d&#8217;Aline est l&#8217;un des premiers lots vendus par les femmes qui font du commerce transfrontalier. Petit \u00e0 petit, l&#8217;apparition de ces t\u00e9l\u00e9viseurs a \u00e9galement eu un impact positif sur l&#8217;\u00e9ducation des jeunes des villages b\u00e9n\u00e9ficiaires. <em>&#8220;Gr\u00e2ce \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision solaire, mes enfants ont une grande culture g\u00e9n\u00e9rale&#8221;,<\/em> s&#8217;enthousiasme encore madame Ndayikeze, dans un pays o\u00f9 seule une personne sur dix a acc\u00e8s a l\u2019\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n<h2>Mulagarazi, &#8220;Traffic River&#8221;<\/h2>\n<p>Plus proche, le poste fronti\u00e8re de Camazi est situ\u00e9 \u00e0 l&#8217;extr\u00eame est de la fronti\u00e8re avec la Tanzanie, presque \u00e0 cheval sur les deux pays. Malgr\u00e9 la situation s\u00e9curitaire pr\u00e9caire due au banditisme, la vie \u00e0 Camazi suit une routine quotidienne, offrant une mine d&#8217;or aux femmes qui importent les produits solaires pour \u00e9clairer les villages burundais.<\/p>\n<p>Bien que seulement 60 kilom\u00e8tres s\u00e9parent Camazi, au Burundi, de la ville tanzanienne de Kigoma, le voyage est \u00e9puisant. Gatumba, zone \u00e9ponyme servant de passage pour la Tanzanie, est la derni\u00e8re grande agglom\u00e9ration burundaise.<\/p>\n<p>Parmi les incontournables de Camazi, la rivi\u00e8re Mulagarazi est surnomm\u00e9e &#8220;Traffic River&#8221; en raison du commerce transfrontalier de marchandises souterraines ou du march\u00e9 noir. Cette rivi\u00e8re est aussi une aubaine pour le commerce de produits solaires. Ses &#8220;profondeurs troubles&#8221; font vivre plusieurs femmes de Camazi et permettent d&#8217;\u00e9clairer de nombreux villages burundais isol\u00e9s et non connect\u00e9s au r\u00e9seau \u00e9lectrique national.<\/p>\n<blockquote><p><strong><em>&#8220;Je contribue \u00e0 promouvoir l&#8217;excellence gr\u00e2ce \u00e0 ce commerce.&#8221;<\/em><\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p><em>&#8220;Nous faisons ce commerce sous terre, c&#8217;est notre gagne-pain. Cela fait vivre nos familles et d\u00e9senclave nos villages. L&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 est un signe de d\u00e9veloppement&#8221;<\/em>, raconte Carine, 40 ans, veuve d\u2019un ancien rebelle. Elle, elle vend principalement des lampes de poche solaires. Chaque matin, sac \u00e0 la main, elle pilote son petit bateau sur les eaux boueuses de Mulagarazi pour s&#8217;approvisionner en kits solaires qu&#8217;elle vendra ensuite aux villageois burundais. <em>&#8220;Je contribue \u00e0 promouvoir l&#8217;excellence gr\u00e2ce \u00e0 ce commerce&#8221;<\/em>, confie de son c\u00f4t\u00e9 Yvonne, tr\u00e8s satisfaite de son activit\u00e9 qui lui permet de nourrir toute sa famille.<\/p>\n<p>Un commerce de plus en plus florissant dont l&#8217;impact positif sur la vie des populations rurales est applaudi des deux mains par les b\u00e9n\u00e9ficiaires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elles ont 35-50 ans et traversent r\u00e9guli\u00e8rement les fronti\u00e8res pour importer des kits solaires tels que des lampes, des t\u00e9l\u00e9viseurs ou des panneaux solaires import\u00e9s de Tanzanie. 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