{"id":2910,"date":"2024-05-28T13:36:29","date_gmt":"2024-05-28T11:36:29","guid":{"rendered":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/?p=2910"},"modified":"2024-05-28T16:55:06","modified_gmt":"2024-05-28T14:55:06","slug":"les-kolbars-portant-sur-leurs-epaules-les-multiples-visages-du-regime-iranien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/les-kolbars-portant-sur-leurs-epaules-les-multiples-visages-du-regime-iranien\/","title":{"rendered":"Les Kolbars : Portant sur leurs \u00e9paules les multiples visages du r\u00e9gime iranien"},"content":{"rendered":"<p>Au cours de l&#8217;ann\u00e9e 2023, un total de 299 Kolbars ont \u00e9t\u00e9 victimes d&#8217;incidents tragiques, notamment des tirs directs des forces militaires du r\u00e9gime, des gelures, des accidents de mines, des chutes de montagnes et d&#8217;autres causes.<\/p>\n<p>Parmi ces incidents, une proportion choquante de 87 %, soit 261 cas, a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 des tirs directs des forces militaires du r\u00e9gime, repr\u00e9sentant ainsi une escalade significative de la violence \u00e9tatique contre ces travailleurs frontaliers. Une statistique particuli\u00e8rement d\u00e9chirante r\u00e9v\u00e8le que parmi les 299 Kolbars touch\u00e9s en 2023, 30 \u00e9taient des enfants de moins de 18 ans.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es recueillies au cours des sept derni\u00e8res ann\u00e9es par Kolbarnews peignent un tableau sombre et alarmant de la situation des Kolbars dans les zones frontali\u00e8res.<\/p>\n<p>Depuis sa cr\u00e9ation le 17 juillet 2017, Kolbarnews compte un total de 1344 Kolbars \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s ou bless\u00e9s, soit 341 pertes de vie et 1003 bless\u00e9s. Encore une fois, une pr\u00e9dominance choquante de 74 % de ces incidents est attribu\u00e9e \u00e0 des tirs directs des forces militaires du r\u00e9gime.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Les statistiques annuelles d\u00e9taill\u00e9es depuis 2017 mettent en lumi\u00e8re une escalade continue de la violence contre les Kolbars :<\/p>\n<p>-En 2017, 16 Kolbars ont perdu la vie et 31 ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s, totalisant 47 victimes.<\/p>\n<p>-En 2018, le nombre de d\u00e9c\u00e8s a grimp\u00e9 \u00e0 70, avec 158 bless\u00e9s, pour un total de 228 victimes.<\/p>\n<p>-En 2019, la violence a continu\u00e9 de s\u00e9vir avec 80 d\u00e9c\u00e8s et 183 bless\u00e9s, totalisant 263 victimes.<\/p>\n<p>-En 2020, 67 Kolbars ont trouv\u00e9 la mort et 163 ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s, totalisant 230 victimes.<\/p>\n<p>-En 2021, 54 Kolbars ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s et 167 bless\u00e9s, pour un total de 221 victimes.<\/p>\n<p>-En 2022, bien que le nombre total d&#8217;incidents ait diminu\u00e9, la violence persiste avec 43 Kolbars tu\u00e9s et 215 bless\u00e9s, totalisant 258 victimes.<\/p>\n<p>-Enfin, du 1er janvier 2023 au 17 juillet 2023, 11 Kolbars ont perdu la vie et 59 ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s, pour un total de 70 victimes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous avons interview\u00e9 Hemin Amani, membre du conseil d&#8217;administration de Kolbarnews, pour obtenir un \u00e9clairage crucial sur la situation des Kolbars dans les zones frontali\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>M.A: Qui sont les Kolbars et que font-ils ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>H.A:<\/strong> Les kolbars sont des individus qui transportent des marchandises sur leur dos ou \u00e0 l&#8217;aide d&#8217;animaux de b\u00e2t tels que des mules ou des chevaux.<\/p>\n<p>Un kolbar est une personne qui, tout en ex\u00e9cutant le travail le plus p\u00e9nible et dangereux, per\u00e7oit les salaires les plus bas. Ils sont contraints de se rendre \u00e0 la fronti\u00e8re chaque jour pour effectuer le kolbari afin de gagner leur vie, une lutte quotidienne pour la survie.<\/p>\n<p>Le kolbari est une forme de travail ardue et risqu\u00e9e, souvent confront\u00e9e \u00e0 une forte probabilit\u00e9 de violence et m\u00eame de d\u00e9c\u00e8s lors du passage de la fronti\u00e8re. &#8220;Kolbar&#8221; est un terme kurde d\u00e9signant \u00e0 la fois les hommes et les femmes qui transportent des marchandises sur leur dos et leurs \u00e9paules \u00e0 travers les fronti\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Que transportent-ils \u00e0 travers les fronti\u00e8res ?<\/strong><\/p>\n<p>Les kolbars transportent principalement des marchandises telles que des appareils \u00e9lectroniques, des v\u00eatements, des cigarettes et des articles m\u00e9nagers. Ces marchandises sont g\u00e9n\u00e9ralement originaires d&#8217;un pays pour \u00eatre vendues dans un autre pays sur les march\u00e9s locaux ou \u00e0 des particuliers.<\/p>\n<p><strong>D&#8217;o\u00f9 proviennent et o\u00f9 vont ces produits transport\u00e9s ?<\/strong><\/p>\n<p>Les marchandises transport\u00e9es par les Kolbars proviennent g\u00e9n\u00e9ralement de pays o\u00f9 les prix sont plus bas ou o\u00f9 les r\u00e9glementations sont diff\u00e9rentes, et sont achemin\u00e9es vers des pays o\u00f9 la demande pour ces produits est plus \u00e9lev\u00e9e ou o\u00f9 elles peuvent \u00eatre vendues \u00e0 un prix plus \u00e9lev\u00e9. Par exemple, les Kolbars peuvent transporter des marchandises de l&#8217;Irak vers l&#8217;Iran ou de la Turquie vers l&#8217;Iran.<\/p>\n<p>Les commer\u00e7ants des villes telles que T\u00e9h\u00e9ran, Chiraz et Ispahan commandent des marchandises en gros en ligne ou se rendent eux-m\u00eames dans des pays comme Oman, la Chine, Duba\u00ef et d&#8217;autres destinations. Ils transportent ces marchandises jusqu&#8217;\u00e0 la fronti\u00e8re, o\u00f9 les Kolbars se chargent de les faire entrer en Iran. Les marchandises sont ensuite distribu\u00e9es \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des fronti\u00e8res iraniennes et envoy\u00e9es vers les grandes villes.<\/p>\n<p><strong>Depuis quand cette pratique existe-t-elle ?<\/strong><\/p>\n<p>Le kolbari, consid\u00e9r\u00e9 comme la profession la plus p\u00e9rilleuse, \u00e9conomiquement d\u00e9favorable et physiquement \u00e9puisante dans les zones frontali\u00e8res, peut \u00eatre qualifi\u00e9 d'&#8221;esclavage moderne&#8221;. Cette activit\u00e9 a \u00e9merg\u00e9 relativement r\u00e9cemment, plusieurs d\u00e9cennies apr\u00e8s la r\u00e9volution iranienne de 1979. Elle a pris de l&#8217;ampleur, en particulier dans les r\u00e9gions kurdes de l&#8217;Iran, \u00e0 la suite de la guerre Iran-Irak dans les ann\u00e9es 1980 et des difficult\u00e9s \u00e9conomiques qui en ont d\u00e9coul\u00e9 pour de nombreuses personnes dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi s&#8217;engagent ils dans ce travail dangereux ?<\/strong><\/p>\n<p>Il est important de noter que le kolbari n&#8217;est pas apparu soudainement, mais r\u00e9sulte de divers facteurs. En r\u00e9alit\u00e9, le kolbari est le produit du ch\u00f4mage, de la pauvret\u00e9, des conditions \u00e9conomiques difficiles, du manque d&#8217;industries et d&#8217;opportunit\u00e9s d&#8217;emploi, de la r\u00e9partition in\u00e9gale des richesses, du sous-d\u00e9veloppement et des probl\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 dans les zones frontali\u00e8res.<\/p>\n<p>La pauvret\u00e9 extr\u00eame et le manque de d\u00e9veloppement ont contribu\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9mergence du kolbari. Le taux de ch\u00f4mage dans les r\u00e9gions kurdes ne cesse d&#8217;augmenter, et malgr\u00e9 les dangers associ\u00e9s au kolbari, de plus en plus de personnes se tournent vers cette profession chaque jour. Parmi les kolbars, on trouve souvent des adolescents de moins de 14 ans et des personnes \u00e2g\u00e9es de plus de 65 ans.<\/p>\n<p>Le manque d&#8217;emplois industriels durables et la discrimination du gouvernement central envers les provinces frontali\u00e8res, en particulier le Kurdistan, le Kermanshah et l&#8217;Azerba\u00efdjan occidental, en raison de leur diversit\u00e9 nationale et religieuse, contribuent \u00e0 la marginalisation \u00e9conomique de ces r\u00e9gions. L&#8217;absence d&#8217;opportunit\u00e9s d&#8217;investissement et le sous-d\u00e9veloppement entra\u00eenent une augmentation du ch\u00f4mage et poussent les individus \u00e0 \u00e9migrer comme travailleurs migrants vers d&#8217;autres provinces ou \u00e0 recourir au kolbari par n\u00e9cessit\u00e9. Cette migration et le ch\u00f4mage \u00e9lev\u00e9 sont les principaux moteurs de la croissance du ph\u00e9nom\u00e8ne kolbari dans ces provinces.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que d&#8217;am\u00e9liorer les conditions de vie de ses citoyens vivant dans les zones frontali\u00e8res, le gouvernement iranien non seulement supprime leurs droits de citoyennet\u00e9 au sein de la soci\u00e9t\u00e9, les transformant pratiquement en &#8220;non-citoyens&#8221; de l&#8217;Iran, mais il ferme \u00e9galement fr\u00e9quemment les postes fronti\u00e8res, abandonnant ainsi le kolbari, qui constitue leur seul moyen de subsistance, dans les limbes des fronti\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi le r\u00e9gime iranien les prend-il pour cible ?<\/strong><\/p>\n<p>Le kolbari a diff\u00e9rentes significations selon qu&#8217;on le voit du point de vue des kolbars eux-m\u00eames ou du gouvernement iranien. Selon le gouvernement iranien et les lois internationales, le passage de la fronti\u00e8re est consid\u00e9r\u00e9 comme une migration transfrontali\u00e8re et est soumis \u00e0 l&#8217;ordre et \u00e0 la loi. Les kolbars franchissent la fronti\u00e8re de mani\u00e8re ill\u00e9gale et risquent donc des cons\u00e9quences juridiques. M\u00eame en vertu de la loi iranienne, des peines sont d\u00e9termin\u00e9es en fonction de la valeur des biens apport\u00e9s par les kolbars ; ces peines pouvant aller de quelques mois \u00e0 plusieurs ann\u00e9es de prison. Cependant, dans la pratique, ces peines sont rarement appliqu\u00e9es. Les kolbars sont presque chaque semaine la cible de tirs directs de la part des forces de patrouille frontali\u00e8re, qui tirent sur eux sans h\u00e9sitation ni doute.<\/p>\n<p>Il est \u00e9galement important de noter que les kolbars sont souvent victimes d&#8217;humiliations et de violences physiques de la part des soldats, m\u00eame lorsqu&#8217;ils ne sont pas vis\u00e9s par des tirs.<\/p>\n<p><strong>Le r\u00e9gime iranien traite-t-il de la m\u00eame mani\u00e8re les grands trafiquants de drogue ou d&#8217;autres marchandises illicites ?<\/strong><\/p>\n<p>Les kolbars sont les seuls responsables du transport des marchandises \u00e0 travers les fronti\u00e8res, et non les propri\u00e9taires des biens qu&#8217;ils transportent sur leurs \u00e9paules le long d&#8217;itin\u00e9raires difficiles. Le ph\u00e9nom\u00e8ne du kolbari r\u00e9sulte de la discrimination, de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 et de l&#8217;oppression exerc\u00e9es par le gouvernement iranien \u00e0 l&#8217;encontre du peuple du Kurdistan d&#8217;Iran.<\/p>\n<p>Bien que nous entendions parler et lisions des nouvelles et des statistiques concernant le trafic de drogue et les sanctions impos\u00e9es par ce r\u00e9gime, nous devons \u00e9galement garder \u00e0 l&#8217;esprit le fait que le r\u00e9gime islamique d&#8217;Iran et le Corps des Gardiens de la R\u00e9volution Islamique (CGRI) sont directement et indirectement responsables et impliqu\u00e9s dans le trafic de drogue.<\/p>\n<p>Dans l&#8217;ensemble, le r\u00e9gime iranien consid\u00e8re les kolbars comme une menace pour le contr\u00f4le de l&#8217;\u00c9tat, la stabilit\u00e9 \u00e9conomique et la s\u00e9curit\u00e9 dans les r\u00e9gions frontali\u00e8res. Par cons\u00e9quent, ils sont souvent victimes de harc\u00e8lement, d&#8217;arrestations, de confiscation de biens et d&#8217;autres formes de r\u00e9pression de la part des autorit\u00e9s gouvernementales.<\/p>\n<p>M\u00eame si le r\u00e9gime n&#8217;assimile pas ces kolbars \u00e0 de grands trafiquants de drogue, un examen des nouvelles et des statistiques fournies par Kolbarnews au cours des sept derni\u00e8res ann\u00e9es montre que, dans une situation de discrimination exacerb\u00e9e et de violations flagrantes des droits de l&#8217;homme, de meurtres et d&#8217;agressions, la dignit\u00e9 de ces citoyens est \u00e9galement bafou\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 la fronti\u00e8re du Kurdistan iranien, les Kolbars incarnent bien plus que des porteurs. Ils ne transportent pas seulement des marchandises, mais aussi le fardeau des maux socio-\u00e9conomiques et politiques qui les entourent.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2911,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[101],"tags":[406,257,407],"coauthors":[136],"class_list":["post-2910","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-international","tag-commerce","tag-iran","tag-kolbars"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2910","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2910"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2910\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2913,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2910\/revisions\/2913"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2911"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2910"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2910"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2910"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=2910"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}