{"id":2921,"date":"2024-06-04T13:17:42","date_gmt":"2024-06-04T11:17:42","guid":{"rendered":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/?p=2921"},"modified":"2024-06-04T13:17:42","modified_gmt":"2024-06-04T11:17:42","slug":"ukraine-la-reconstruction-par-lart","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/ukraine-la-reconstruction-par-lart\/","title":{"rendered":"Ukraine : la reconstruction par l&#8217;art"},"content":{"rendered":"<p>Il est 18 heures au centre culturel Prostir, la branche culturelle de l&#8217;ONG Promote Ukraine, \u00e0 Bruxelles. Comme chaque jeudi se r\u00e9unit une chorale de chanteurs amateurs. La plupart sont \u00e2g\u00e9s d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9es et parlent ukrainien. Tous sont arriv\u00e9s ici il y a deux ans quand la guerre a commenc\u00e9. Ce centre est pour eux l\u2019occasion de parler leur langue et de se reconnecter \u00e0 leur culture, loin de l\u2019Ukraine. La directrice de la chorale, Liliya Depo, accompagne les voix au piano. Liliya faisait partie de l\u2019orchestre philarmonique de Rivne et \u00e9tait professeure de piano forte \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Rivne, \u00e0 l\u2019ouest du pays. C\u2019est elle qui, \u00e0 l\u2019ouverture du centre, s\u2019est propos\u00e9e en tant que b\u00e9n\u00e9vole pour organiser une chorale. \u00ab Q<em>uand tout cela a commenc\u00e9, nous n\u2019avions aucune attente particuli\u00e8re pour la chorale. Nous voulions simplement garder les chansons ukrainiennes avec nous, garder cette culture en vie, loin de chez nous <\/em>\u00bb, explique-t-elle.\u00a0C\u2019est l&#8217;objectif du centre, ouvert en 2022.<br \/>\nLa plupart des activit\u00e9s y sont gratuites et donn\u00e9es par des b\u00e9n\u00e9voles, notamment des personnes en p\u00e9riode de transition. C\u2019est le cas d\u2019Anna Malinina, arriv\u00e9e en 2022. Elle apprend depuis son arriv\u00e9e le fran\u00e7ais et l\u2019anglais mais ne le ma\u00eetrise pas encore assez pour trouver un travail. Elle \u00e9tait, elle aussi, professeure d\u2019art dans son pays et veut continuer ici, m\u00eame b\u00e9n\u00e9volement. \u00ab <em>Je vois la souffrance des gens et je veux les aider comme je peux. Dans mes classes, nous faisons des petits projets tels que des paysages, des d\u00e9corations de bo\u00eetes \u00e0 bijoux ou des d\u00e9corations dans le style folklorique ukrainien ancien. Je suis heureuse que les gens soient fiers de ce qu&#8217;ils font, c\u2019est r\u00e9confortant<\/em> \u00bb, d\u00e9clare-t-elle.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5508\" aria-describedby=\"caption-attachment-5508\" style=\"width: 446px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-5508\" src=\"https:\/\/medialatitudes.be\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Poupees-Ukraine-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"446\" height=\"297\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5508\" class=\"wp-caption-text\">Poup\u00e9es en style folklorique ukrainien r\u00e9alis\u00e9es pendant un des ateliers anim\u00e9s par Anna. \u00a9Anna Malinina<\/figcaption><\/figure>\n<p>L\u2019organisation est donc un point de rep\u00e8re pour les nouveaux arrivants. A ses d\u00e9buts, la chorale servait de lieu d\u2019entraide. On y parlait plus d\u2019administratif, d\u2019aides et de cours de langues que de chansons. Mais la chorale leur a aussi servi, \u00e0 travers le chant, \u00e0 exprimer les diff\u00e9rents traumatismes li\u00e9s \u00e0 l\u2019exil. \u00ab <em>Les premiers mois, toutes les chansons que nous chantions \u00e9taient tristes et m\u00e9lancoliques. Apr\u00e8s un certain temps et quand la chorale a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre invit\u00e9e dans des \u00e9v\u00e8nements, les membres voulaient montrer que leur culture n\u2019\u00e9tait pas la guerre et la tristesse. Ils voulaient exprimer \u00e0 travers le chant la vie heureuse qu\u2019ils avaient en Ukraine et que nous esp\u00e9rons vivre \u00e0 nouveau<\/em>\u00a0\u00bb, raconte Liliya.<\/p>\n<p>L\u2019optimisme est un th\u00e8me que veut aussi mettre en avant Dora Zagorodnaya, organisatrice d\u2019un festival de films, &#8220;Mriya&#8221;, qui signifie r\u00eave en ukrainien. Dora est arriv\u00e9e \u00e0 Bruxelles lorsqu\u2019elle avait 19 ans. Elle \u00e9tudiait la production cin\u00e9matographique, un domaine dans lequel elle travaillait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Kiev. Du fait de ses \u00e9tudes \u00e0 la Royal Institute of Theater Cinema and Sounds (RITCS), elle obtient la permission d\u2019utiliser des salles de projection pour son festival. En novembre 2022 se tient la premi\u00e8re \u00e9dition qui rencontre un certain succ\u00e8s, surtout au sein de la diaspora ukrainienne.<\/p>\n<h2><strong>&#8220;Nous ne voulons pas vous effrayer&#8221;<\/strong><\/h2>\n<p>Le but de ces \u00e9v\u00e8nements et projets a cependant \u00e9volu\u00e9 en deux ans. L\u2019objectif aujourd\u2019hui n\u2019est pas seulement de r\u00e9unir la population en exil mais aussi d\u2019ouvrir la culture \u00e0 un public belge et europ\u00e9en. C\u2019est notamment le sentiment de Pavlo Koshka, ancien directeur d\u2019op\u00e9ra \u00e0 Odessa. Il \u00e9tait important pour lui de cr\u00e9er un projet qui parle de sa culture mais qui c\u00e9l\u00e8bre aussi la Belgique et l\u2019entraide entre les deux peuples. Pendant sa recherche d\u2019emploi, il rencontre un metteur en sc\u00e8ne belge qui l\u2019aide \u00e0 mettre en place un nouveau projet. Ensemble, ils ont l\u2019id\u00e9e de raconter l\u2019exil des personnes ukrainiennes et leur arriv\u00e9e en Belgique. \u00ab <em>Le metteur en sc\u00e8ne voulait partager mon histoire mais je ne voulais pas raconter que la mienne, d\u2019autres personnes ont v\u00e9cu des choses plus difficiles que moi<\/em>\u00a0\u00bb explique-t-il. \u00ab\u00a0<em>Mon objectif c\u2019est de partager notre histoire, mais je sais que pour un spectateur belge et europ\u00e9en, vous raconter une histoire aussi difficile n&#8217;est pas une bonne id\u00e9e. Je sais qu&#8217; on peut commencer par des histoires plus l\u00e9g\u00e8res, partager nos difficult\u00e9s ici, des difficult\u00e9s qui peuvent r\u00e9sonner en vous <\/em>\u00bb.<br \/>\nC\u2019est aussi dans cette id\u00e9e qu\u2019il a voulu co\u00e9crire sa pi\u00e8ce avec un metteur en sc\u00e8ne belge et qu&#8217;elle soit jou\u00e9e par des acteurs belges. L\u2019objectif pour lui est non seulement de symboliser l\u2019amiti\u00e9 entre les deux pays mais aussi rendre la pi\u00e8ce plus accessible et plus ouverte \u00e0 un public belge.<\/p>\n<p>Le festival Mryia se veut lui aussi d\u2019inspiration internationale, bien que deux des cinq cat\u00e9gories du festival soient centr\u00e9es sur le cin\u00e9ma ukrainien. Le principal objectif du prochain festival est d\u2019attirer un public plus vari\u00e9 et notamment belge. \u00ab <em>Le th\u00e8me du festival est \u2018joie et inspiration\u2019. Nous ne voulons pas effrayer le public non-ukrainien avec des documentaires difficiles<\/em>\u00a0\u00bb explique-t-elle.<\/p>\n<h2><strong>Exister, r\u00e9sister, et garder espoir<\/strong><\/h2>\n<p>L\u2019ouverture au public belge symbolise un processus d\u2019int\u00e9gration pour la diaspora ukrainienne mais aussi une forme de soft-power. A son arriv\u00e9e, Pavlo avait beaucoup fr\u00e9quent\u00e9 les th\u00e9\u00e2tres et les op\u00e9ras pour observer les diff\u00e9rences de fonctionnement entre la Belgique et l\u2019Ukraine. Il \u00e9tait attrist\u00e9 de voir que la culture ukrainienne \u00e9tait quasiment invisible\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ici notre culture manque. Il n&#8217;y a pas de place pour nous. Je constatais qu\u2019\u00e0 La Monnaie, il avait beaucoup d&#8217;op\u00e9ra russe, mais pas d&#8217;ukrainien. Mais je comprends pourquoi, notre musique n&#8217;est pas tr\u00e8s connue. On a beaucoup de choses int\u00e9ressantes dans notre culture pourtant mais c\u2019est \u00e0 nous de vous ouvrir \u00e0 celle-ci<\/em> \u00bb. La culture est aussi, pour eux, un moyen de mobiliser autour du conflit. Il est n\u00e9cessaire de ne pas se faire oublier et pour le public international de ne pas oublier la guerre. C\u2019est notamment pourquoi la chorale avait accept\u00e9 l\u2019invitation du Parlement Europ\u00e9en \u00e0 chanter dans l\u2019h\u00e9micycle. \u00ab <em>Nous nous battons ici en faisant de notre mieux avec ce que nous pouvons faire. Nous nous battons sur terrain culturel. Si nous sauvegardons la culture ici, nous pourrons la ramener \u00e0 la fin de la guerre et reconstruire l&#8217;Ukraine plus forte. Si nous l&#8217;oublions, elle mourra ici et l\u00e0-bas<\/em>.\u00a0\u00bb d\u00e9clare un membre de la chorale.<\/p>\n<p>Le centre Prostir fait partie de l\u2019association Promote Ukraine qui \u0153uvre pour la d\u00e9fense des droits des Ukrainiens. Ils savent que dans ce processus, la culture peut jouer un r\u00f4le. \u00ab\u00a0<em>Nous savons bien que notre chorale repr\u00e9sente une forme d\u2019influence culturelle. Notre but est que la guerre se termine et pour cela nous avons besoin de soutien notamment de dons pour aider les gens encore en Ukraine <\/em>\u00bb explique Lyuba Karpachova, en charge du centre Prostir. \u00ab\u00a0<em>Cela fait maintenant 2 ans que la guerre a commenc\u00e9 et il est plus difficile de mobiliser. La culture nous permet exister aux yeux du monde et elle permet au peuple ukrainien, de r\u00e9sister et de garder espoir<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par des \u00e9tudiant.es en MA2 de l\u2019ULB et de la VUB sous la coordination de Milan Augustijns, Alexandre Niyungeko et Lailuma Sadid.<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des illustres artistes ukrainiens contraints de quitter leur pays essaient de reconstruire leur carri\u00e8re en Belgique m\u00eame b\u00e9n\u00e9volement, pour ne pas abandonner leur culture, et la partager dans leur pays d&#8217;accueil.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2922,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[101],"tags":[415,372,201,79],"coauthors":[414],"class_list":["post-2921","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-international","tag-artiste","tag-culture","tag-exil","tag-ukraine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2921","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2921"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2921\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2923,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2921\/revisions\/2923"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2922"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2921"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2921"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2921"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=2921"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}