{"id":948,"date":"2022-09-23T12:00:06","date_gmt":"2022-09-23T10:00:06","guid":{"rendered":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/?p=948"},"modified":"2022-10-24T10:46:24","modified_gmt":"2022-10-24T08:46:24","slug":"dans-les-geoles-du-regime-syrien-la-torture-pour-changer-la-nature-humaine-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/dans-les-geoles-du-regime-syrien-la-torture-pour-changer-la-nature-humaine-4\/","title":{"rendered":"Dans les ge\u00f4les du r\u00e9gime syrien. La torture pour changer la nature humaine (4)"},"content":{"rendered":"<p>La cellule dans laquelle j\u2019\u00e9tais enferm\u00e9 comprenait trois pi\u00e8ces int\u00e9rieures avec de hauts murs et une fen\u00eatre circulaire au plafond de chacune des pi\u00e8ces permettant ainsi aux gardiens de nuit de surveiller les mouvements de chacun des prisonniers. La superficie d&#8217;une cellule \u00e9tait d&#8217;environ 16 m2, la surface totale \u00e9tait d\u2019environ 50 m2. Nous \u00e9tions 190 prisonniers \u00e0 partager la cellule num\u00e9ro 12, situ\u00e9e dans la deuxi\u00e8me cour. La premi\u00e8re pi\u00e8ce \u00e9tait la plus fr\u00e9quent\u00e9e, car elle \u00e9tait la seule \u00e0 avoir une toilette. Il y avait toujours une file de prisonniers attendant leur tour.<\/p>\n<p><strong>Hafez al-Assad, &#8220;un mod\u00e8le \u00e0 suivre&#8221;<\/strong><\/p>\n<p>A huit heures pr\u00e9cises, et du haut des toits de la prison, les gardiens donnaient l&#8217;ordre de nous pr\u00e9parer \u00e0 dormir. Nous avions dix minutes et pas une de plus. En dix minutes, tous les prisonniers devaient \u00eatre en position couch\u00e9e et pr\u00eats \u00e0 \u00e9couter l&#8217;histoire du jour. L\u2019un des prisonniers nous racontait une histoire (comme une sorte de divertissement psychologique pour les d\u00e9tenus, du moins selon la police), celle-ci concernait souvent l&#8217;h\u00e9ro\u00efsme du Pr\u00e9sident Hafez al-Assad, de l\u2019un de ses fils ou de son entourage proche. L&#8217;histoire de la victoire diplomatique de Hafez al-Assad sur le secr\u00e9taire d&#8217;\u00c9tat am\u00e9ricain \u00e9tait la pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de la police. Nous \u00e9tions forc\u00e9s de l\u2019\u00e9couter au moins trois fois par semaine, et tout tournait autour du sens diplomatique d&#8217;Assad, de son courage et de sa force de caract\u00e8re. Nous apprenions ainsi que le pr\u00e9sident Assad \u00e9tait capable de tenir 9 heures sans uriner ! Ce que Kissinger ne pouvait pas faire. Voil\u00e0 la plus grande victoire de la diplomatie syrienne sur l&#8217;imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain et le sionisme mondial. De quoi \u00e9tonner les dirigeants de l&#8217;Ouest et de l&#8217;Est, comme l&#8217;ont d\u00e9crit la presse et les dirigeants du r\u00e9gime syrien \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Cette histoire \u00e9tait cens\u00e9e nous inspirer. Nous, les prisonniers, devions suivre l&#8217;exemple de notre Pr\u00e9sident. Ce que le directeur de la prison exigeait consistait donc \u00e0 passer les 12 prochaines heures sans uriner. Si nous ne le faisions pas, nous trahirions les valeurs et les principes de notre &#8220;leader&#8221; Hafez al-Assad.<br \/>\nLes responsables de la prison savaient ce qu&#8217;ils faisaient et c\u2019\u00e9tait irr\u00e9aliste. Il suffit d\u2019imaginer 190 personnes dormant dans 50m2 pour comprendre la folie de cette injonction. Ils ont donc propos\u00e9 que les actions du Pr\u00e9sident soient notre source d\u2019inspiration. Les ignorer \u00e9quivalait \u00e0 une trahison punissable par la loi.<\/p>\n<p><strong>En position, sardine\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>La solution magique au probl\u00e8me du sommeil, malgr\u00e9 la surpopulation \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des prisons, \u00e9tait que les prisonniers dorment entass\u00e9s comme des sardines dans une bo\u00eete de conserve. Avec une subtilit\u00e9\u00a0: chaque prisonnier devait dormir sur un c\u00f4t\u00e9 du corps durant toute la nuit. Impossible de changer de c\u00f4t\u00e9, de se lever, ni m\u00eame de bouger.<\/p>\n<p>Le chef de cellule, un ancien prisonnier, commen\u00e7ait par placer le prisonnier sur son c\u00f4t\u00e9 droit dans un coin de la pi\u00e8ce, de sorte que sa t\u00eate soit adjacente au coin et que son visage soit tourn\u00e9 vers l&#8217;int\u00e9rieur de la cellule. Tandis que le deuxi\u00e8me prisonnier \u00e9tait plac\u00e9 sur son c\u00f4t\u00e9 droit, mais avec la t\u00eate aux pieds du premier prisonnier et ses pieds contre le visage de celui-ci. Le troisi\u00e8me prisonnier \u00e9tait dans une position similaire \u00e0 celle du premier prisonnier, et le quatri\u00e8me \u00e0 la position du deuxi\u00e8me prisonnier, et ainsi de suite jusqu&#8217;\u00e0 ce que la rang\u00e9e atteigne le mur oppos\u00e9. La deuxi\u00e8me rang\u00e9e \u00e9tait identique \u00e0 la premi\u00e8re, mais dans la disposition invers\u00e9e. Et ainsi de suite jusqu&#8217;\u00e0 ce que le dernier d\u00e9tenu de la cellule soit couch\u00e9 (voir l&#8217;illustration).<br \/>\nLes prisonniers qui dormaient pr\u00e8s du mur \u00e9taient parmi les plus riches, ils versaient un pot-de-vin aux ge\u00f4liers afin d&#8217;obtenir ce privil\u00e8ge. Quant au chef de cellule, il avait une position particuli\u00e8re qui lui permettait de dormir dans le petit espace devant les toilettes.<\/p>\n<p><strong>Une toilette, 190 prisonniers<\/strong><\/p>\n<p>Le plus gros probl\u00e8me de la journ\u00e9e d\u00e9marrait le matin\u00a0: laisser 190 personnes se soulager dans une seule toilette. Et rapidement car nous devions quitter la cellule \u00e0 neuf heures pr\u00e9cises pour le petit-d\u00e9jeuner et la promenade quotidienne. Nous n\u2019avions pas assez de temps pour utiliser les toilettes seuls, il fallait donc uriner en m\u00eame temps que deux ou trois personnes.<br \/>\nDe nombreux prisonniers, surtout les nouveaux, n\u2019arrivaient pas \u00e0 attendre leur tour et se soulageaient dans leurs v\u00eatements. Ils attendaient jusqu&#8217;\u00e0 midi pour se doucher dans la toilette ou, pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, se verser de l&#8217;eau froide sur le corps pendant une dur\u00e9e n&#8217;exc\u00e9dant pas une minute. Ce manque d\u2019hygi\u00e8ne explique la propagation des poux et des maladies de peau telles la gale et les champignons qui se propageaient entre les jambes et parfois sur tout le corps. L&#8217;apr\u00e8s-midi, nous nous pr\u00e9cipitions pour entrer dans la toilette pour nous laver ou pour d\u00e9f\u00e9quer, ce qui rendait l&#8217;odeur de la cellule pestilentielle et irrespirable. Avec des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses sur la sant\u00e9 des d\u00e9tenus. De tr\u00e8s nombreux prisonniers \u00e9taient atteints de tuberculose, d\u2019autres souffraient de bronchites chroniques ou de graves maladies pulmonaires. Le nombre de d\u00e9c\u00e8s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des prisons du r\u00e9gime d\u2019Hafez al-Assad \u00e9tait consid\u00e9rable. Ceux qui parvenaient \u00e0 en sortir en vie \u00e9taient marqu\u00e9s \u00e0 tout jamais.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cellule dans laquelle j\u2019\u00e9tais enferm\u00e9 comprenait trois pi\u00e8ces int\u00e9rieures avec de hauts murs et une fen\u00eatre circulaire au plafond de chacune des pi\u00e8ces permettant ainsi aux gardiens de nuit [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":32,"featured_media":950,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[139],"tags":[],"coauthors":[97],"class_list":["post-948","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-stories"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/948","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/32"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=948"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/948\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":949,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/948\/revisions\/949"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/950"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=948"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=948"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=948"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/medialatitudes.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=948"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}