—  Culture  —

Arlon : la musique classique comme levier de la diversité culturelle

- 6 mai 2026
Durant une semaine, les habitants de la région d’Arlon ayant répondu à l’appel de deux pianistes se sont mêlés aux demandeurs d’asile du centre de la Croix-Rouge de Stockem pour chanter ensemble et créer un spectacle-concert. © Ignace Ndorere.

Durant une semaine de répétitions, à l'appel de Lena et Louise Kollmeier, deux soeurs pianistes, les habitants d'Arlon et les demandeurs d'asile du centre de la Croix-Rouge de Stockem ont participé à la création du concert-spectacle "En Résonance". Où un chœur qui chante et la musique qui rassemble deviennent le langage de l’humanité.

À quatre mains ou à deux pianos, Lena et Louise Kollmeier se produisent régulièrement en concert dans toute l’Europe, notamment au Concertgebouw d’Amsterdam, au Teatro Rossini de Lugo ou encore à la Philharmonie du Luxembourg.

Les deux sœurs ont obtenu plusieurs prix lors de différents concours internationaux en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie et en France, gratifiées à chaque fois pour l’usage de la musique comme levier de rencontre entre des personnes de cultures et d’horizons très différents autour d’un projet commun.

C’est ainsi que durant une semaine, les habitants de la région d’Arlon ayant répondu à l’appel des deux pianistes se sont mêlés aux demandeurs d’asile du centre de la Croix-Rouge de la localité de Stockem. Ensemble, ils ont chanté et participé à la création d’un concert-specatcle de fin de résidence qui a eu lieu dans la grande salle de la Maison de la Culture d’Arlon devant plus de quatre cents personnes : « En Résonance ».

À l’issue de ce projet, réalisé avec le soutien de la Fondation PwC Luxembourg sous l’égide de la Fondation de Luxembourg, et qui semblait un peu « fou » selon un des choristes habitant de Stockem participant pour la première fois à une danse classique, un sentiment persistait : celui d’un bel impact territorial fédérant différents acteurs tant sociaux, qu’éducatifs ou encore économiques.

Une sensibilité commune

Durant le concert de cette nuit fraîche des Ardennes, il semblait que la proximité avec le public s’accroissait par le partage d’anecdotes et d’histoires que les deux artistes racontaient. Mais le point culminant de cette rencontre était, selon elles, un moment d’improvisation : « Alors que le public était déjà acteur du concert de façon subliminale, c’est au travers d’une invitation délicate que deux choristes, n’ayant jamais joué de piano, ont été amenées à participer concrètement au moment, en co-créant véritablement au travers d’une improvisation à quatre mains avec l’une d’entre nous », confie Lena Kollmeier.

Pendant ces instants, dans toute la salle, une ouverture se créait, une sensibilité commune au-delà des caractéristiques identitaires (âge, statut social, origine…) apparaissait. Quelque chose de subtil mais tellement concret et réel pour toutes et tous se produisait à chaque fois.

« Lancer une telle initiative visait à rapprocher deux communautés que tout semble a priori éloigner. »

Et Louise, de déclarer : « C’est comme cela qu’est né notre projet « En Résonance ! ». Nous avons eu l’envie d’explorer cela dans un projet d’envergure, en investissant un lieu où la musique classique est peu présente. »

En élaborant ensemble un travail de coopération afin de trouver une complémentarité et une émulsion autour d’un événement culturel, l’initiative est originale, pour ainsi dire, du fait qu’elle exige de sortir de son confort pour aller vers l’autre.

C’est donc tout naturellement que Lena et Louise se sont dirigées vers le centre de Stockem où les demandeurs d’asile sont souvent reclus et ont peu d’ouverture sur la ville. De leur côté, les Arlonais ont dû abandonner pendant une semaine leurs petites habitudes quotidiennes. Pour les deux soeurs qui aiment la vie, les rencontres et la créativité, « lancer une telle initiative visait à rapprocher deux communautés que tout semble a priori éloigner, afin qu’elles se retrouvent au travers d’un projet avec une intention explicite :  partager des mondes, valoriser une implication individuelle et collective, nourrir le vivre ensemble. »

Que du bonheur !

Le concert a impliqué des acteurs locaux, comme l’ASBL Sam’Crock qui est venue réaliser des croquis des choristes durant les répétitions, ainsi que diverses associations et commerces de la région.

À travers « En Résonance », la musique classique devient un levier. Chacun porte alors une responsabilité pour la réalisation commune du projet. La fierté collective et joyeuse, la singularité mises au service de la création sensible, la coopération et la curiosité de nouveauté deviennent des outils puissants.

« J’ai particulièrement apprécié l’idée que la créativité est chez chacun d’entre nous si on lui permet de se libérer un peu. »

Les uns et les autres en gardent des impressions riches et variées, témoignant des empreintes qui vont durer. Pour la responsable de l’école qui a abrité le concert, l’occasion est plutôt rare dans un monde académique parfois trop cadenassé. « J’ai particulièrement apprécié l’idée que la créativité est chez chacun d’entre nous si on lui permet de se libérer un peu, et je suis certaine que ce message a été entendu », confie-t-elle.

Selon un autre Arlonais s’exprimant à la sortie de la salle, « ça, c’est de la culture, du lien, du sens, de l’humain et que du bonheur ! »

Pour Désiré Niyomwungere, résident du centre de Stockem, et choriste durant le concert, « la participation m’a permis de faire des rencontres avec des personnes de cultures et d’horizons très différents du mien autour d’un projet commun un peu fou : celui de se produire sur scène après une semaine de répétitions. Un spectacle où on célèbre la vie et le bonheur d’être ensemble quelles que soient nos différences. »

Et Ramsès, une autre résidente demandeuse d’asile, ne cache pas son émotion : « Un lien s’est tissé au-delà des mots voire des langues entre nous les choristes. Merci à Lena et Louise d’avoir rendu cela possible. »

« La motivation, la joie de chacun et l’énergie du groupe ont dépassé toutes les incertitudes. »

« Ce fut pour moi une grande source d’inspiration et une véritable joie de participer à ce programme qui a réuni la musique, la danse, les Belges et les réfugiés dans un espace unique de chaleur et de soutien », partage une des membres du personnel de la Croix-Rouge.

Assises au piano, les accompagnant ou jouant en duo, Lena et Louise Kollmeier, visiblement portées par leur joie et l’énergie durant tout le concert, confient leur étonnement devant l’ouvrage dont elles sont initiatrices : « Il faut dire qu’apprendre tous ces chants, ces rythmes, ces mouvements, la mise en scène en une semaine, c’est un sacré challenge ! Certains n’avaient jamais chanté avant, beaucoup ne savent pas lire la musique, sans compter le stress de monter sur scène… Et pourtant, ce concert fut une très belle réussite ! La motivation, la joie de chacun et l’énergie du groupe ont dépassé toutes les incertitudes. »