Au pays d’Arlon, les demandeurs d’asile s’impliquent dans la restauration d’un patrimoine local
Dans la petite localité de Stockem, plusieurs corps de métier ont été mobilisés pour contribuer au chantier de réfection d’une église datant de 1843. Un édifice considéré par l’administration communale comme un patrimoine séculaire à conserver, vu sa survie dans le temps et son utilité communautaire.
On ne choisit pas son voisin, dit-on. Deux communautés à la diversité notable sur plusieurs aspects se sont retrouvées à partager un bout de chemin sur la terre du pays d’Arlon, précisément dans la localité de Stockem.
Il s’agit de la communauté des villageois et de celle des locataires du Centre d’accueil « Visages du monde » tenu par la Croix-Rouge. Les uns et les autres reconnaissent les bienfaits d’une proximité rendue bien réelle par un chantier commun, celui de la restauration de la petite église séculaire de Stockem.
Pour les résidents natifs du coin, il s’agit d’un patrimoine historique qui date de 1843 à garder jalousement, malgré les incidents qui n’ont pas manqué, notamment l’incendie qui a abîmé une partie de l’église en 2022.
Une voie vers la rencontre de l’autre
Répondant à l’invitation leur adressée en janvier 2026, les demandeurs d’asile, établis dans cette commune du sud de la Belgique frontalière avec le Luxembourg, se sont joints aux habitants de la localité pour passer un coup de balai, de raclette et de tout réaménagement nécessaire afin de rendre le site de nouveau fréquentable.
Après les travaux de réfection de plusieurs mois, les « Arlonais » d’origine, bras dessus bras dessous avec les primo-arrivants du centre de demandeurs d’asile, ont rincé, rangé, dépoussiéré et apprêté l’église, redevenue fréquentable depuis le 1er mars dernier, jour de son inauguration par le bourgmestre d’Arlon.
« L’église de Stockem fait partie du patrimoine auquel les citoyens arlonais s’attachent et sont décidés à conserver. »
Un travail coordonné a été exécuté à l’initiative conjointe de la commune, la compagnie d’assurance et du Doyenné d’Arlon, afin de restaurer cet édifice, considéré par l’administration comme un patrimoine séculaire à conserver, vu sa survie dans le temps et son utilité communautaire. « L’église de Stockem fait partie du patrimoine auquel les citoyens arlonais s’attachent et sont décidés à conserver, pour la continuité de l’histoire, du vivre ensemble », a affirmé le bourgmestre Vincent Magnus (Les Engagés).
Plusieurs corps de métier bénévoles
Plusieurs corps de métier ont été mobilisés pour donner leurs contributions respectives dans le chantier : les carreleurs, les maîtres-verriers, les peintres, les sculpteurs, les électriciens, et un concours a été organisé pour remplacer une toile peinte dans le chœur mais endommagée par les feux de l’incendie de 2022. Et même, un don en provenance d’une grande église protestante désacralisée en Hollande a été apportée, il s’agit d’un orgue datant des années 70, réveillé liturgiquement le 1er mars, un rite rare à voir pour beaucoup.
La chorale communale « La Stockemoise » n’a pas non plus manqué au rendez-vous pour agrémenter la fête d’inauguration, aux couleurs, sons et vin en l’honneur de la beauté de la diversité à la fois culturelle et géographique, au regard des deux communautés joyeuses d’avoir collaboré à une œuvre commune.
Au rendez-vous du donner et du recevoir
Il s’agit d’une première à Arlon, de voir les deux communautés ensemble, comme l’atteste Francine, locataire du Centre « Visages du monde », qui regroupe plus de 300 demandeurs de la protection internationale en Belgique : « C’est la première fois que nous sortons rencontrer nos voisins dans un cadre aussi chaleureux où l’on apprend à se parler sans regards interrogateurs et méfiants d’un côté comme de l’autre. On a l’impression que l’on se retrouve au rendez-vous du donner et du recevoir. »
« Le rapprochement coude à coude durant les travaux communautaires, nous a poussés, peut-être à notre insu, à s’apprécier réciproquement dans nos différences raciales, culturelles et historiques », confie Rosette, (89 ans), chargée de l’entretien de l’église depuis des années.
« Le chantier que nous venons de clôturer nous a tous donné l’occasion d’expérimenter l’épanouissement de deux communautés auparavant indifférentes. »
Partant de son parcours personnel, Ildefonse, demandeur d’asile, aujourd’hui intégré dans la communauté par son travail dans une usine à Arlon, livre son impression : « Les demandeurs d’asile sont mieux intégrés quand ils sont placés plus dans la position de contribuer par le travail de leurs mains et de leurs têtes que dans la situation de recevoir des aides matérielles sur de longues durées. Ce sont des mois, voire même des années où la personne demeure dans une situation d’assisté sans pouvoir être en mesure de donner ses forces physiques et mentales pour le bien commun. Il s’agit là d’une perte dommageable à tous. Le chantier que nous venons de clôturer autour de l’église de Stockem nous a tous donné, natifs comme primo-arrivants, l’occasion d’expérimenter l’épanouissement de deux communautés auparavant indifférentes, et désormais accueillantes et qui progressent, ensemble. »



