—  Droits humains  —

Hussam Hammoud, un journaliste syrien en péril

- 9 septembre 2022
Hussam Hammoud s’est vu refuser par la France sa demande visa humanitaire. Photo : DR/Twitter

Collaborateur pour plusieurs médias français, le journaliste Hussam Hammoud a couvert la guerre en Syrie, tout en apportant une aide ponctuelle aux autorités judiciaires françaises. Le 5 septembre, le consulat de France à Ankara a rejeté sa demande de visa humanitaire.

Journaliste d’investigation, depuis 2012, Hussam Hammoud couvre la guerre en Syrie en publiant les Syria files. À partir de 2017, il collabore avec plusieurs médias français, dont Mediapart, Le Monde ou Arte, tout en apportant son aide aux autorités judiciaires anti-terroristes françaises. Lundi 5 septembre, le consulat de France à Ankara a rejeté sa demande de visa humanitaire pour lui et sa famille, mettant leurs vies en danger.

En 2019, suite au retrait de la coalition internationale de Syrie, il a dû fuir Raqqa sous les menaces de milices armées. Hussam et les siens s’exilent alors vers Gaziantep en Turquie, dans une société turque exsangue et discriminante envers les millions de réfugiés syriens.

Sur le territoire turc, il ne bénéficie que d’une protection temporaire précaire et les autorités refusent de lui délivrer une carte de presse. Malgré les risques extrêmes, il continue de réaliser des reportages sur les financements de Daesh. Depuis bientôt quatre ans, il reçoit des menaces de mort de l’État islamique jusqu’en Turquie, pour avoir défié leurs armes avec des mots et des idées.

Craignant pour sa vie et celles de ses proches, il a déposé une demande de visa humanitaire à l’ambassade d’Ankara, pour laquelle il a été entendu à deux reprises. Lors d’entretiens de huit heures chacun, il a fourni des informations sur ses enquêtes journalistiques, son activisme contre Bashar Al-Assad et l’État islamique, ainsi que l’exil et les menaces de mort qui s’en suivirent. Tout autant de raisons qui lui valent légalement la protection internationale. D’après la Convention de Genève, le statut de réfugié doit être accordé à toute personne qui risque la persécution par pour ses opinions politiques. En outre, le journaliste Hussam Hammoud n’a cessé de défendre la démocratie tout au long de ses reportages, aux noms de valeurs telles que la liberté d’expression et d’information. À ce titre, lui et sa famille risquent maintenant leurs vies en Syrie tout comme en Turquie. Pourtant, lundi 5 septembre, le consulat de France à Ankara lui a notifié le refus de sa demande de visa humanitaire de manière expéditive.

Mardi 6 septembre, les syndicats de journalistes français (SNJ, SNJ-CGT, CFDT et FO) et des sociétés de journalistes (SDJ) ont envoyé une lettre aux ministères de l’Intérieur, des Affaires étrangères et à la commission des recours contre les refus de visas, pour demander « instamment de bien vouloir protéger [notre] confrère Hussam Hammoud et de lui accorder le visa qui lui permettra de se réfugier en France et de faire une demande d’asile ». Dans une tribune, les signataires soutenus par les Fédérations internationale et européenne des journalistes (FIJ/FEJ) soulignent : « N’abandonnons pas un journaliste ainsi exposé en Turquie, pays qui peut à tout moment le remettre aux autorités d’un pays qu’il a quitté parce qu’il y était menacé de mort. Notre État de droit ne peut se permettre une telle indignité. »

Désemparé par la situation, Hussam Hammoud publie sur Twitter : « Détruire la vie et les rêves de quelqu’un est si facile pour celui qui a tout ! Aujourd’hui ma demande d’asile en France a été rejetée sans aucune explication. Je ne sais pas ce que je pourrais apporter de plus que le contenu de toutes les enquêtes sur lesquelles j’ai travaillé pour les plus grands médias français. Merci pour rien! »