RDC : à Kinshasa, des jeunes transforment les déchets plastiques en charbon « écologique »
À Kinshasa, les déchets plastiques sont devenus des acteurs silencieux des catastrophes urbaines. À chaque saison des pluies, ils bouchent les caniveaux, provoquent le débordement des rivières et transforment des quartiers entiers en zones sinistrées. Face à cette réalité, des jeunes de la capitale congolaise tentent de renverser la logique en transformant les déchets plastiques en charbon "écologique".
À Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo et l’une des plus grandes métropoles d’Afrique (NDLR: environ 20 millions d’habitants), les déchets plastiques sont devenus des acteurs silencieux des catastrophes urbaines. À chaque saison des pluies, ils bouchent les caniveaux, provoquent le débordement des rivières et transforment des quartiers entiers en zones sinistrées.
Face à cette réalité, des jeunes de la capitale congolaise tentent de renverser la logique en transformant ce symbole de pollution en solution concrète contre les inondations et le changement climatique.
Malgré les efforts de la mairie qui indique que près de 12 tonnes de déchets plastiques sont collectées chaque jour par les services d’assainissement de la ville, la capitale étouffe sous leur poids. Bouteilles usées, sachets abandonnés et emballages jonchent les rues, obstruent les caniveaux et finissent dans les rivières. Quant aux inondations qui détruisent des habitations, elles exposent aussi les populations à de graves risques sanitaires.
La gestion des déchets reste un défi majeur dans cette mégapole en pleine expansion démographique.
Quand les jeunes innovent
Dans le quartier populaire de Kingasani, situé dans la commune de Masina, un groupe de jeunes entrepreneurs a décidé de ne plus subir cette situation. Leur solution : recycler les déchets plastiques pour produire du charbon « écologique », une alternative au charbon de bois largement utilisé par les ménages de Kinshasa et reconnu pour son impact nocif sur l’environnement.
Cette initiative répond à la fois au problème de l’accumulation des déchets plastiques et à la pression croissante exercée sur les ressources forestières.
« Nous avons compris que le plastique, qui détruit notre ville, pouvait aussi devenir une ressource. »
Le projet est porté par Rolande Miya Néné, responsable de l’Initiative des Jeunes pour le Progrès (IJP), une association sans but lucratif engagée dans la promotion de la participation des jeunes au développement local. Originaire de Goma, dans l’Est de la RDC, elle a fui la guerre liée à la rébellion de l’AFC/M23 qui affecte cette partie du pays.
Installée à Kinshasa depuis quelques mois, elle s’est adaptée à son nouvel environnement en lançant des activités à fort impact social à Kingasani. « Nous avons compris que le plastique, qui détruit notre ville, pouvait aussi devenir une ressource », explique-t-elle.
L’initiative repose sur la collecte, le tri, le broyage et la transformation des déchets plastiques à l’aide de techniques artisanales améliorées, pour produire un charbon « écologique » accessible et plus respectueux de l’environnement.
Inondations, santé et précarité
Dans les quartiers les plus touchés, les habitants décrivent les conséquences quotidiennes de l’accumulation des déchets plastiques : caniveaux bouchés, eaux stagnantes et prolifération de maladies hydriques. Le plastique est devenu un facteur aggravant de la précarité urbaine.
« Quand il pleut, l’eau n’a plus de passage et envahit les maisons », témoigne un habitant de Kingasani, régulièrement confronté aux dégâts causés par les inondations.

Un impact déjà perceptible
Dans les foyers de Kingasani, les effets de cette initiative commencent à se faire sentir. Une habitante du quartier salue les avantages du charbon « écologique » produit localement. « Ce charbon brûle longtemps, dégage moins de fumée et coûte moins cher que celui que nous utilisions avant », explique-t-elle.
Pour de nombreuses familles, ce combustible représente non seulement une économie financière, mais aussi une amélioration des conditions de vie, en réduisant la fumée nocive dans des habitations souvent mal ventilées.
Économique et « écologique »
Au-delà de l’assainissement urbain, le projet crée des opportunités économiques pour des jeunes souvent sans emploi. Il permet également aux ménages, notamment aux femmes, d’accéder à une source d’énergie moins coûteuse et moins polluante. « Ce charbon brûle bien et dégage moins de fumée », confirme une mère de famille utilisatrice du produit, soulignant ses bénéfices pour la santé et le budget domestique.
Du local face aux enjeux mondiaux
Anny Modi, experte environnementale, rappelle que la mauvaise gestion des déchets plastiques contribue non seulement aux inondations urbaines, mais aussi au changement climatique.
« Dans ce contexte, les initiatives communautaires jouent un rôle clé dans la résilience des villes africaines, particulièrement à Kinshasa », souligne-t-elle.
Ces actions locales s’inscrivent dans la droite ligne des orientations issues de la COP30, tenue au Brésil, où l’accent a été mis sur les solutions locales, l’économie circulaire et l’adaptation des villes du Sud face au changement climatique.
En valorisant les déchets plastiques et en réduisant la pression sur les ressources forestières, les jeunes de Kinshasa traduisent, à leur échelle, des engagements internationaux en actions concrètes.
De la crise à l’espoir
Entre montagnes de déchets, rues inondées et ateliers de recyclage, le contraste est frappant. Mais à Kinshasa, ces jeunes entrepreneurs démontrent qu’avec de l’ingéniosité, de la solidarité et de l’engagement citoyen, le plastique peut cesser d’être un symbole de crise pour devenir un levier de transformation sociale et environnementale.
Si cette initiative ne résout pas à elle seule les défis d’une mégapole sous pression, elle illustre néanmoins une réalité de plus en plus visible : face à l’urgence climatique, les réponses les plus crédibles émergent souvent des quartiers les plus exposés.




