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Les journalistes kurdes d’Europe fondent un nouveau collectif

- 20 août 2025
À l’issue de deux jours d’échanges, les participant·e·s ont acté la création d’un collectif à statut associatif, dont le siège sera établi à Bruxelles. © Maxime Azadi.

Réunis à Alost, des dizaines de journalistes kurdes ont décidé de créer un collectif à statut associatif pour renforcer l’organisation et la voix de la presse kurde en exil.

À l’initiative de plus de 70 journalistes basés dans différents pays européens, une rencontre s’est tenue les 19 et 20 avril à Alost, en Belgique. À l’issue de deux jours d’échanges, les participant·e·s ont acté la création d’un collectif à statut associatif, dont le siège sera établi à Bruxelles.

Cette initiative marque une nouvelle étape dans l’organisation de la presse kurde en diaspora. Soutenue par de nombreux organes de presse issus des quatre parties du Kurdistan — Irak, Iran, Turquie et Syrie — elle vise à répondre aux défis contemporains auxquels font face les journalistes kurdes, tant sur le plan professionnel que politique.

« La presse doit aussi (…) contribuer à reconstruire une conscience collective. »

Des représentant·e·s de médias basés au Kurdistan d’Irak, au Kurdistan de Turquie et au Rojava ont également participé à la réunion en visioconférence. Parmi les structures impliquées figurent Stêrk TV, ANF, Ronahî TV, Jin TV, YRA-Rojava, Medya News, KNN, NRT, Metro Center, Ronûs, Aryen TV, Deng TV et la radio Dengê Welat.

Depuis la création, au milieu des années 1990, du premier collectif de journalistes kurdes en Europe, plusieurs tentatives d’organisation ont vu le jour sans parvenir à s’ancrer durablement. Cette nouvelle initiative se veut plus large, plus inclusive et mieux adaptée au contexte actuel, dans l’objectif de porter une voix collective plus forte à l’échelle internationale.

Un modèle et un espoir

Les échanges ont mis en lumière des préoccupations communes : pressions politiques, exil forcé, dépendance excessive aux partis politique, mais aussi essoufflement éditorial. Les intervenant·e·s ont souligné l’urgence pour la presse kurde de se renouveler face aux mutations géopolitiques et à l’essor du numérique.

La journaliste Roni Eylem a rappelé que le rôle des médias ne se limite pas à l’information : « La presse doit aussi accompagner la transformation sociale et contribuer à reconstruire une conscience collective. »

Plusieurs interventions ont mis en avant l’expérience et la place croissante des femmes journalistes, en particulier à Rojava.

« Il ne suffit plus de dénoncer, il faut renouer avec les sensibilités populaires. »

Evin İbrahim, coprésidente de l’Union des Médias Libres (YRA), a souligné qu’à Rojava, les femmes représentent désormais 70% des effectifs. Elle a appelé à une réflexion collective sur la nécessité pour les femmes journalistes de définir et porter leur propre agenda médiatique à l’échelle de tout le Kurdistan.

Dilyar Cizîrî, coprésident de YRA, a quant à lui salué le rôle pionnier des journalistes à Rojava, où près de 100 organes de presse sont enregistrés. Selon lui, cette région constitue aujourd’hui « un modèle et un espoir pour l’ensemble des médias kurdes. »

Vers une structuration collective

La journaliste Gulistan İke a proposé la création d’une académie médiatique en ligne, afin de partager les savoirs accumulés au fil des décennies. Elle a également alerté sur l’éloignement progressif de certains médias vis-à-vis des préoccupations sociales : « Il ne suffit plus de dénoncer, il faut renouer avec les sensibilités populaires et jouer un rôle dans la transformation des mentalités. »

Des critiques ont par ailleurs été formulées à l’encontre de contenus sexistes publiés par certains médias, notamment au Kurdistan d’Irak.

Au terme des discussions, un consensus s’est dégagé autour de la création du Collectif des journalistes du Kurdistan en Europe (Kolektîfa Medyakarên Kurdistanê li Ewropa). Un comité provisoire de 11 membres a été chargé de coordonner l’organisation d’une large conférence fondatrice prévue d’ici l’automne 2025.

Selon ce comité, le Collectif a pour mission de rassembler les journalistes kurdes en exil, de défendre leurs droits et leur sécurité, de promouvoir la liberté d’expression, et d’agir face aux violations par le biais de campagnes collectives, collaborations internationales et réseaux de solidarité.