—  Récits  —

Nice-Glyne Hyacinthe, le destin d’une religieuse haïtienne

Nice-Glyne Hyacinthe raconte comment une vie consacrée à la prière, à l’enseignement et à l’accompagnement des plus vulnérables a basculé en quelques heures. © OpenClipart-Vectors (Pixabay).

Témoignage de sœur Nice-Glyne Hyacinthe qui vit loin de sa congrégation, depuis plus d'un ans, contrainte de fuir Port-au-Prince face à la violence des gangs. Psychologue, religieuse et directrice d’école, elle poursuit malgré l’exil son engagement auprès des enfants, dont elle accompagne les traumatismes. Une vie bouleversée par l’insécurité, mais aussi une détermination intacte à aider les plus vulnérables.

« Jusqu’au moment où je vous parle, on ne peut pas retourner à la maison, on a tout perdu. » Lorsque sœur Nice-Glyne Hyacinthe prononce ces mots, plus d’un an s’est écoulé depuis la fuite de sa congrégation de Port-au-Prince. Pourtant, le départ reste aussi présent que s’il avait eu lieu la veille.

Psychologue, religieuse et future docteure en psychologie, elle raconte comment une vie consacrée à la prière, à l’enseignement et à l’accompagnement des plus vulnérables a basculé en quelques heures. Son témoignage suit le fil d’une fuite précipitée, d’un exil forcé et d’une mission qu’elle poursuit malgré tout auprès des enfants.

« Quand ça ne va pas, je prie. »

Depuis longtemps déjà, la menace pesait sur la congrégation. Les sœurs dormaient parfois habillées, prêtes à fuir à tout moment, vivant dans la crainte d’une attaque. Puis, un jour, les voisins les préviennent : des groupes armés se rapprochent. Les religieuses quittent leur maison dans l’urgence. A ce moment-là, Nice-Glyne se trouve en Belgique. C’est par téléphone qu’elle organise l’évacuation de sa communauté. Les sœurs pensent partir seulement quelques jours. Elles ne reviendront jamais.

Cette fuite s’inscrit dans un contexte d’insécurité qui s’aggrave depuis plusieurs années à Haïti. Les gangs contrôlent une grande partie de Port-au-Prince et rendent le retour impossible. La violence s’est intensifiée après l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021 et la crise humanitaire s’est aggravée. Mais au-delà du contexte, c’est surtout l’histoire de sœur Nice-Glyne qui se dessine : celle d’une femme contrainte de voir disparaître son lieu de vie, tout en continuant à soutenir les autres.

Originaire du nord-est du pays, elle dirige le Collège Marie-Anne, une école accueillant des jeunes de 3 à 24 ans.  Son rôle dépasse désormais largement celui d’enseignante : elle écoute, accompagne et tente de réparer les blessures invisibles laissées par la violence. Face aux épreuves, sœur Nice-Glyne puise sa force dans sa foi. « Quand ça ne va pas, je prie », se confie-t-elle.

Psychologue de formation et accompagnatrice, elle explique qu’elle applique à elle-même les outils qu’elle transmet aux autres. Malgré la perte de sa communauté et l’incertitude permanente, elle reste déterminée à poursuivre sa mission, notamment auprès des enfants.

Qui est policier, qui est bandit ?

À Port-au-Prince, la peur s’est installée dans le quotidien. Les nuits sont rythmées par les tirs et chaque déplacement est devenu un risque. Les gangs portent parfois des uniformes et infiltrent les forces de l’ordre, brouillant les repères.

Un épisode a particulièrement marqué la congrégation. Un jour, des sœurs sont arrêtées par des hommes vêtus d’uniformes de policiers. Elles pensent être en sécurité. Elles manquent pourtant d’être enlevées. Depuis, la méfiance est devenue permanente et demander la protection des autorités est désormais une prise de risque.

« Derrière chaque violence, il y a des enfants qui ont tout vu, tout perdu. »

Aujourd’hui, la congrégation s’est repliée dans l’école. Les conditions sont précaires, mais les religieuses poursuivent leur engagement, en particulier auprès des plus jeunes. « Derrière chaque violence, il y a des enfants qui ont tout vu, tout perdu », révèle Soeur Nice-Glyne. Beaucoup arrivent choqués, tremblants, incapables de se concentrer. Certains ont été kidnappés, d’autres ont assisté à des scènes insoutenables ou perdu des proches.

Sœur Nice-Glyne les accompagne en psychothérapie avec les moyens dont elle dispose. Elle observe chez eux des troubles de l’attention et de la mémoire, de l’anxiété, du stress chronique ainsi que les conséquences d’une exposition répétée à la violence.

« Ne venez pas nous exploiter. Venez nous aider à sortir de cette impasse. »

La capitale est isolée du reste du pays, les routes sont devenues dangereuses et de nombreuses familles vivent désormais dans des camps. Malgré tout, sœur Nice-Glyne refuse de céder au découragement. Elle garde l’espoir qu’un retour à une vie plus sûre soit possible, grâce au rétablissement de la sécurité, à la libre circulation et à une aide internationale durable. Elle appelle à un soutien concret, économique, matériel et psychologique, ainsi qu’à la création d’un fonds destiné aux plus vulnérables, en particulier aux enfants.

« Ne venez pas nous exploiter. Venez nous aider à sortir de cette impasse ».  Une phrase qui résume à elle seule le témoignage de sœur Nice-Glyne Hyacinthe : celui d’une femme qui a tout perdu, mais qui continue, malgré la peur et l’exil, à consacrer son énergie à ceux qui en ont le plus besoin.

Note : cet article a été rédigé par des étudiantes en BAC1 information et communication de l’ULB, sous la coordination d’Alexandre Niyungeko.